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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423748

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423748

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantPAPINOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé une décision implicite de refus de titre de séjour opposée à un ressortissant péruvien. Le juge a retenu un défaut de motivation, l'administration n'ayant pas communiqué les motifs de son refus dans le délai d'un mois suivant la demande de l'intéressé, comme l'exige l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. La décision est donc illégale sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les
5 septembre 2024 et 17 septembre 2024, M. C... A... B..., représenté par Me Papinot, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite, née le 23 septembre 2023, par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail dans le même délai et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de refus est entachée d’un défaut de motivation, au motif que le préfet n’a pas répondu dans le délai d’un mois à la demande de communication des motifs qui lui a été adressée le 3 juillet 2024 sur le fondement de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.




Le préfet de police de Paris, à qui la requête a été communiquée, n’a pas produit d’observations en défense.



Vu les autres pièces du dossier.



Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.




Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.




A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé.




Considérant ce qui suit :

1. M. C... A... B..., ressortissant péruvien né le 20 août 1964, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 23 mai 2023. M. A... B... demande l’annulation de la décision implicite de refus de séjour née le 23 septembre 2023, en application de l’article R. 432-2 du même code, du silence gardé par le préfet de police de Paris pendant quatre mois sur sa demande.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Selon l’article R. 432-2 de ce code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois (…) ».

3. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 de ce code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu’à l’expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ». La décision refusant la délivrance d’un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. En application des dispositions de l’article L. 232-4 du même code, l’étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour, peut demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l’absence de communication de ces motifs dans le délai d’un mois, la décision implicite se trouve entachée d’illégalité.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A... B... a, par l’intermédiaire de son conseil, sollicité auprès du préfet de police de Paris la communication des motifs de la décision implicite de rejet prise sur sa demande de titre de séjour par un courrier du 3 juillet 2024. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il ait été répondu à cette demande dans le délai d’un mois imparti à l’administration par les textes précités. Dans ces conditions, M. A... B... est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A... B... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite de rejet née le 23 septembre 2023 du silence gardé par le préfet de police de Paris sur sa demande de titre de séjour formée le 23 mai 2023.


Sur les conclusions aux fins d’injonction :

6. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée. En revanche, il implique nécessairement que le préfet de police de Paris réexamine sa demande dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros à verser à M. A... B..., au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.







D E C I D E :






Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de police de Paris sur la demande de titre de séjour formée par M. A... B... est annulée.


Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A... B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : L’État versera une somme de 1 000 euros à M. A... B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B... et au préfet de police de Paris.


Délibéré après l’audience du 18 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er avril 2026.


Le président-rapporteur
La première conseillère,


signé

signé

J-C. TRUILHÉ
M. MONTEAGLE



La greffière,

signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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