Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 septembre 2024 et 21 août 2025, M. A... B..., représenté par Me Peyret, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a classé sans suite sa demande d’attribution d’une autorisation de stationnement pour véhicules accessibles aux personnes à mobilité réduite ;
2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui attribuer l’autorisation de stationnement pour véhicules accessibles aux personnes à mobilité réduite, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de son dossier de demande, dans le respect des motifs du jugement à intervenir, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
le préfet de police ne pouvait classer sans suite sa demande sans lui demander de la compléter, en application de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
la décision attaquée est entachée d’erreur de droit et d’erreur manifeste d’appréciation car il remplit les conditions prévues par les articles L. 3121-5, R. 3121-13 et R. 3121-5 du code des transports pour se voir délivrer une autorisation de stationnement ;
le nouveau motif tiré du défaut de transmission de l’attestation d’activité est entaché d’erreur de droit ;
l’appel à candidature sur la base duquel la décision attaquée a été adoptée porte atteinte au principe de la liberté d’établissement protégé par l’article 49 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ainsi qu’au principe d’égalité de traitement des candidats ;
le préfet de police ne pouvait pas réduire rétroactivement par arrêté le nombre d’autorisations de stationnement sans avoir informé les candidats du classement sans suite de leur dossier et leur avoir laissé la possibilité de présenter des observations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 août 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général des collectivités territoriales,
le code des relations entre le public et l’administration,
le code des transports,
la loi n° 2023-380 du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024,
le décret n° 2023-683 du 28 juillet 2023 relatif aux modalités d’application de l’article 26 de la loi précitée,
l’arrêté du 19 janvier 2016 relatif aux documents justifiant de l’exercice de l’activité de taxi prévus au III de l’article R. 3121-13 du code des transports pour les candidats à la délivrance d’une autorisation de stationnement figurant sur une liste d’attente,
le code justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Lambert,
les conclusions de M. Camguilhem, rapporteur public,
et les observations de Me Peyret pour M. B....
Considérant ce qui suit :
Dans le cadre des pouvoirs qui lui ont été reconnus par l’article 26 de la loi n° 2023-380 du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, le préfet de police de Paris a, par un arrêté n° 2023-0502 du 10 mai 2023, porté, à compter du 1er juillet 2023, le nombre maximum de taxis autorisés à circuler à Paris et dans les communes ayant adhéré au statut des taxis parisiens de 19 124 à 19 274 et prévu que les 150 nouvelles autorisations de stationnement ainsi créées seraient conditionnées à la mise en circulation d’un véhicule permettant l’accès du véhicule taxi aux personnes à mobilité réduite (PMR) utilisatrices de fauteuil roulant. Afin de délivrer ces nouvelles autorisations, la préfecture de police a procédé par appel à candidature sur une plateforme dédiée, à compter du 15 mai 2023 et pour une durée d’un mois. Par courriel en date du 10 octobre 2023, le préfet de police a classé sans suite la candidature que M. B... avait déposée. Par décision du 22 décembre 2023, le préfet de police a rejeté le recours gracieux formé par M. B... contre la décision de classement sans suite du 10 octobre 2023. Par un jugement n° 2329821 du 2 juillet 2024, le tribunal a annulé ces deux décisions et a enjoint au préfet de police de réexaminer la demande d’autorisation de M. B.... Par une décision du 16 juillet 2024, prise après ce réexamen, le préfet de police a confirmé ses précédentes décisions de classement sans suite. M. B... demande au tribunal d’annuler la décision du 16 juillet 2024.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration : « Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. ». D’autre part, aux termes de l’alinéa 3 de l’article L. 3121-5 du code des transports : « Seuls peuvent se voir délivrer une autorisation de stationnement les titulaires d'une carte professionnelle en cours de validité, délivrée par le représentant de l'Etat dans le département où l'autorisation de stationnement est délivrée. En outre, la délivrance est effectuée en priorité aux titulaires qui peuvent justifier de l'exercice de l'activité de conducteur de taxi pendant une période minimale de deux ans au cours des cinq ans précédant la date de délivrance. ». L’article 1er de l’arrêté du 19 janvier 2016 relatif aux documents justifiant de l’exercice de l’activité de taxi prévus au III de l’article R. 3121-13 du code des transports pour les candidats à la délivrance d’une autorisation de stationnement figurant sur une liste d’attente prévoit que : « I. - Outre la carte professionnelle prévue à l'article L. 3121-10 du code des transports en cours de validité, les documents justificatifs de l'exercice de l'activité de conducteur de taxi pendant la période minimale prévue au troisième alinéa de l'article L. 3121-5 du code des transports, acceptés par l'autorité compétente pour délivrer en priorité les autorisations de stationnement, sont les pièces suivantes : / 1° Document attestant de l'exploitation personnelle d'une autorisation de stationnement ; / 2° Pour les autorisations de stationnement délivrées avant le 1er octobre 2014, document attestant de la location ou la location-gérance, de l'obtention, l'acquisition ou la cession d'une autorisation de stationnement ; / 3° Contrat de travail ; / 4° Bulletins de salaire ; / 5° Documents comptables de fin d'exercice et leurs annexes. / S'agissant de la location, le justificatif mentionné au 3° n'est accepté que pour une période d'activité ne dépassant pas la date du 31 décembre 2016. / II. - Au moins deux des pièces prévues au I sont communiquées pour justifier de l'exercice de l'activité de conducteur de taxi. ».
En l’espèce, le préfet de police a, par la décision attaquée du 16 juillet 2024, classé sans suite la demande de M. B... au motif qu’il n’avait pas transmis l’attestation indiquant que son contrat de location-gérance était toujours en cours au moment du dépôt de son dossier. Il ne ressort d’aucune des pièces du dossier que le préfet de police aurait invité M. B... à compléter son dossier avant de prendre la décision attaquée de classement sans suite. Les seules circonstances, que fait valoir le préfet de police en défense, tirées de ce que le formulaire de demande d’autorisation liste expressément les pièces à fournir pour constituer le dossier de demande et mentionne que les demandes incomplètes seraient classées sans suite et de ce que le candidat a attesté qu’il comprenait cette mention, ne sont pas de nature à faire obstacle à l’application des dispositions de l’article L. 141-5 du code des relations entre le public et l’administration imposant à cette dernière, en cas de dossier incomplet, d’indiquer au demandeur les pièces manquantes et de lui fixer un délai pour la réception de ces pièces. Par suite, le préfet de police ne pouvait pas prendre la décision attaquée du 16 juillet 2024 sans inviter au préalable M. B... à compléter son dossier.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a classé sans suite sa demande d’autorisation de stationnement.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
En application du I de l’article 26 de la loi du 19 mai 2023 relative aux jeux Olympiques et Paralympiques, le préfet de police pouvait jusqu’au 31 décembre 2024 délivrer à titre expérimental des autorisations de stationnement à des exploitants de taxis disposant d’un véhicule accessible aux personnes à mobilité réduite.
Ainsi, à la date du présent jugement, le préfet de police n’a plus compétence pour délivrer l’autorisation de stationnement demandée par M. B.... Par suite, les conclusions à fin d’injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
En application de l’article L. 2213-33 du code général des collectivités territoriales, la délivrance des autorisations de stationnement aux exploitants de taxis est une compétence communale. A Paris, elle est exercée par le préfet de police agissant au nom de la Ville de Paris. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris, représentée par le préfet de police, une somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a classé sans suite la demande d’autorisation de stationnement pour véhicules accessibles aux personnes à mobilité réduite de M. B... est annulée.
Article 2 : La Ville de Paris, représentée par le préfet de police, versera une somme de 1 800 euros à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la Ville de Paris, représentée par le préfet de police.
Copie en sera notifiée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2025.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.