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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424016

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424016

mercredi 5 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCISSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet du préfet de police concernant la demande de titre de séjour de M. A..., ressortissant malien. Le tribunal a jugé que cette décision était entachée d’un défaut de motivation, le préfet n’ayant pas communiqué les motifs malgré la demande de l’intéressé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai de trois mois et a condamné l’État à verser 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Cisse, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
elle est entachée d’un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle viole les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Le préfet de police, à qui la requête a été régulièrement communiquée, n’a pas produit d’observations en défense.


Par ordonnance du 2 septembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 2 octobre 2025.



Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.



Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.




Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les observations de Me Cisse, représentant M. A....





Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant malien né le 31 décembre 1985, entré en France le 1er janvier 2015 selon ses déclarations, a sollicité auprès du préfet de police le 26 mai 2023 son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. En l’absence de réponse du préfet de police dans le délai de quatre mois est née, le 26 septembre 2023, une décision implicite de rejet dont M. A... demande, par la présente requête, l’annulation.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

D’une part, aux termes de l’article. R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ». D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (...) / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) », et aux termes de l’article L. 232‑4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ».

Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la confirmation de dépôt de demande de titre de séjour, que M. A... a demandé au préfet de police de Paris son admission exceptionnelle au séjour le 26 mai 2023. Du silence gardé par ce dernier pendant le délai de quatre mois est née, le 26 septembre 2023, une décision implicite de rejet, pour laquelle le requérant a sollicité, par l’intermédiaire de son conseil, la communication des motifs par une lettre du 12 avril 2024, reçue le 15 avril suivant. Le requérant soutient, sans être contredit par le préfet de police de Paris, qui n’a pas produit de mémoire en défense, que ce dernier n’a pas répondu à ce courrier. Dans ces conditions, et alors qu’aucune décision explicite prise sur cette demande n’est intervenue, M. A... est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de l’admettre exceptionnellement au séjour.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement implique qu’il soit enjoint au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de la demande de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé d’admettre exceptionnellement M. A... au séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’État versera à M. A... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l’audience du 15 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2025.

La rapporteure,

signé


I. OSTYN
Le président,

signé


J.-C. TRUILHÉ
La greffière,

signé


S. RUBIRALTA



La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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