Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de Mme A..., ressortissante chinoise, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 8 août 2024 refusant son titre de séjour. Le tribunal estime que la requérante ne justifie pas d'une entrée régulière en France ni de la possession d'un visa long séjour, conditions requises par les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'une carte de séjour "vie privée et familiale". De plus, Mme A... n'apporte pas la preuve d'une vie commune effective avec son mari français ni de liens personnels et familiaux suffisamment intenses en France, ce qui ne permet pas de retenir une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision du préfet est donc validée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, Mme B... A..., représentée par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du préfet de police du 8 août 2024 portant rejet de sa demande de titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à tout le moins, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er avril 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 16 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Jehl a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., ressortissante chinoise, née le 5 juin 1966, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 8 août 2024, le préfet de police a rejeté sa demande. Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ». Aux termes de l’article L. 423-2 de ce code : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ». Aux termes de l’article L. 412-1 du même code : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ».
3. En l’espèce, d’une part, il est constant que Mme A... est entrée sur le territoire français à partir de l’Italie, en possession d’un visa italien « États Schengen » autorisant un séjour de dix jours, et ne disposait donc pas du visa de long séjour prévu par l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précité. D’autre part, ainsi que le fait valoir le préfet de police en défense, sans être contredit, Mme A... ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français en alléguant seulement, sans le démontrer, qu’ « une semaine après [son arrivée à l’aéroport de Fiumicino, à Rome] [elle] est entrée en France par train ». C’est donc sans commettre d’erreur de droit que le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
4. En second lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
5. En l’espèce, en se bornant à produire des factures d’électricité et des relevés bancaires mentionnant son nom et celui de son mari, ainsi que trois attestations peu circonstanciées faisant état de ce qu’ils habiteraient à une même adresse, Mme A... ne saurait être regardée comme justifiant de la réalité d’une vie commune avec son mari. Il ne ressort par ailleurs d’aucune pièce du dossier que Mme A... entretiendrait avec la France des liens d’une ancienneté ou d’une intensité particulière. Elle ne fait pas non plus état d’une intégration particulière, en se bornant à produire un diplôme de niveau « A1.1 » en langue française obtenu le 26 février 2018. Enfin, elle ne démontre pas être dépourvue d’attache familiales en Chine, où elle a vécu la majorité de son existence. Dans ces circonstances, c’est sans porter une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale que le préfet de police a édicté la décision attaquée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
M. Schaeffer, premier conseiller,
M. Jehl, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.
Le rapporteur,
F. JEHL
La présidente,
M. SALZMANN
La greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.