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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2431853

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2431853

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2431853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBARTHOD-COMPANT LA FONTAINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de police avait refusé de délivrer un titre de séjour "étudiant" à Mme B, ressortissante sud-africaine, et l'avait obligée à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en se fondant sur l'absence de progression dans les études pour rejeter une première demande de titre "étudiant", et non un renouvellement. La décision s'appuie sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, l'obligation de quitter le territoire français a également été annulée par voie de conséquence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le

2 décembre 2024 et le 27 mars 2025, Mme A B, représentée par Me Jeanne Barthod-Compant La Fontaine, demande au tribunal :

1°) de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police) une somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur l'absence de progression dans ses études alors même qu'elle sollicitait un titre de séjour portant la mention " étudiant " pour la première fois, et non le renouvellement d'un tel titre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2025, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Xavier Termeau, conclut au rejet de la requête.

Par une décision du 1er avril 2025, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mai 2025 :

- le rapport de M. Gracia,

- et les observations de Me Barthod-Compant La Fontaine, représentant Mle C, en présence de cette dernière, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante sud-africaine née le 7 août 2001 à Port Elizabeth (Afrique du Sud), est entrée en France le 12 mars 2022, selon ses déclarations, sous couvert d'un visa en qualité de jeune au pair. Elle a obtenu, le 3 février 2023, un titre de séjour en qualité de jeune au pair valable jusqu'au 2 février 2024. Le 10 octobre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er avril 2025. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, et il n'y a plus lieu à statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. "

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après l'expiration de son titre de séjour portant la mention " jeune au pair ", Mme B a présenté pour la première fois, le 10 octobre 2023, une demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " auprès des services préfectoraux, à l'appui de laquelle elle a produit un certificat de pré-inscription à un certificat d'aptitude professionnelle " Accompagnement éducatif petite enfance " en apprentissage. Ainsi, en se fondant sur la seule circonstance que la requérante ne démontrait pas de progression dans le cadre des cours de français auxquels elle était inscrite, alors qu'il s'agissait en l'espèce de la première demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " de Mme B, et non de renouvellement d'un tel titre, le préfet de police s'est mépris sur le contenu de sa demande et, par conséquent, sur les critères qui lui étaient légalement applicables au regard des dispositions de l'article L. 422-1 précité. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du

5 novembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de la renonciation par Me Barthod Compant de la Fontaine à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police) une somme de 1 200 euros à verser à Me Barthod Compant de la Fontaine au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B et l'a obligée à quitter le territoire français est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat (préfet de police) versera à Me Barthod Compant de la Fontaine la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par Me Barthod Compant de la Fontaine à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, au préfet de police et à Me Barthod Compant de la Fontaine.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Gracia, président,

- Mme Renvoise, première conseillère,

- M. Rannou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

Le président rapporteur,

Signé

J-Ch. GRACIA

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

T. RENVOISELa greffière,

Signé

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2431853/3-3

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