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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2432247

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432247

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2432247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDIARRA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris annule l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A..., ressortissant togolais, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le tribunal estime que le préfet a commis une erreur de fait en se fondant sur l'absence d'inscription universitaire, alors que l'intéressé était inscrit en MBA pour l'année 2024/2025 et justifiait du caractère réel et sérieux de ses études. Cette annulation entraîne celle des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer une carte de séjour temporaire mention "étudiant" dans un délai de trois mois, sur le fondement des articles L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 911-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 décembre 2024 et 7 avril 2025, M. B... A... représenté par Me Diarra, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d’enjoindre au préfet, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant », ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais de justice.

Il soutient que :
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu les articles L. 422-1 et L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2025, le préfet de police représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour M. A... ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 avril 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 9 mai 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique, le rapport de M. Rebellato, rapporteur.




Considérant ce qui suit :

1. M. A..., de nationalité togolaise né le 1er septembre 1999, est entré en France le 6 octobre 2020 muni d’un visa long séjour étudiant. Le 9 avril 2024, il a sollicité son changement de statut étudiant vers celui de « recherche d’emploi ou création d’entreprise ». Par l’arrêté attaqué du 21 novembre 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

2. Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an (…) ». Il appartient à l’administration, saisie d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour présentée en qualité d’étudiant, d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies, en tenant compte, notamment, de l’assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de police a examiné si le requérant pouvait se voir renouveler son titre de séjour en qualité d’étudiant. Pour refuser de délivrer ce titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet de police de Paris s’est fondé sur la seule circonstance que le requérant ne présentait pas d’inscription universitaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé était inscrit en MBA direction artistique et communication visuelle pour l’année 2024/2025 au sein de l’école ISG luxury management. Enfin, l’intéressé justifie du caractère réel et sérieux de ses études et de leur progression. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir qu’en refusant de renouveler son titre de séjour en qualité d’étudiant, le préfet a commis une erreur de fait.



4. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour du 21 novembre 2024 ainsi que par voie de conséquence l’annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays d’éloignement.

5. Le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de changement dans les circonstances de fait ou de droit, d’enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 000 euros au bénéfice de M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




DECIDE :




Article 1er : L’arrêté du 21 novembre 2024 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l’intéressé, de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.


Délibéré après l’audience du 3 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 septembre 2025.


Le rapporteur,
Signé
J. REBELLATO
Le président,
Signé
L. GROS


La greffière,

Signé


C. CHAKELIAN


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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