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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2432305

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432305

vendredi 30 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2432305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait le refus de renouvellement de son certificat de résidence de dix ans pris par le préfet de police. Le tribunal a jugé que, malgré le caractère automatique du renouvellement prévu par l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, l'autorité administrative peut refuser ce renouvellement pour une menace grave à l'ordre public, en application de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a estimé que les multiples condamnations pénales de l'intéressé, notamment pour des faits de violence et d'usurpation d'identité, constituaient une telle menace, justifiant légalement la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2024 et le 23 avril 2025, M. B A, représenté par Me Ngoto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé le renouvellement de son certificat de résidence d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente de celui-ci un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle traduit un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'alinéa 3 de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que l'existence d'une menace pour l'ordre public ne peut faire obstacle au renouvellement d'un certificat de résidence de dix ans ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace grave pour l'ordre public dès lors qu'il n'est pas l'auteur des condamnations évoquées par le préfet de police, ayant fait l'objet d'une usurpation d'identité ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2025, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- les observations de Me Ngoto, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 29 août 1985, entré sur le territoire français au cours de l'année 2009, selon ses déclarations, y résidait en dernier lieu de manière régulière sous couvert d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans dont la durée de validité expirait au 31 janvier 2024 et dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 2 novembre 2024, le préfet de police a rejeté sa demande. M. A en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Si le troisième alinéa de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que le certificat de résidence valable dix ans délivré en application de son premier alinéa est " renouvelé automatiquement ", ces stipulations ne privent pas l'autorité administrative du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser ce renouvellement en se fondant sur des motifs tenant à l'existence d'une menace grave pour l'ordre public, dans les mêmes conditions que ce que prévoit, depuis l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024, le 1° de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité administrative peut légalement prendre en compte l'état de santé mental de l'intéressé comme un élément de nature à caractériser l'existence d'une menace grave à l'ordre public.

3. Le préfet de police fait valoir, dans la décision attaquée, que le requérant a été condamné à quatre reprises entre le 2 septembre 2010 et le 14 mars 2016 par le tribunal correctionnel et la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Toulouse à des peines respectivement de neuf mois, six mois, huit mois et six mois d'emprisonnement pour des faits de vol et de vol avec circonstance aggravante ou en réunion, entrée ou séjour irrégulier, prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites contre lui et détention de stupéfiants. Le préfet de police fait également valoir en défense que l'intéressé a fait l'objet d'une cinquième condamnation prononcée par le tribunal correctionnel de Meaux le 22 juin 2022 à une peine de treize mois d'emprisonnement, pour des faits de violation de domicile, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, outrage et menaces de mort à dépositaire de l'autorité publique, refus de de soumettre au relevé signalétique, usurpation de faux document administratif, exhibition sexuelle et refus de prélèvement biologique.

4. Toutefois, le requérant justifie avoir déposé plainte le 21 août 2012, au moment du renouvellement d'un précédent titre de séjour, pour une usurpation de son identité qu'il impute à son frère et avoir, à cette occasion, obtenu une attestation de la préfecture de police indiquant que son identité et ses empreintes digitales ne figurent pas dans la base de données du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) où, en vertu du 4° de l'article R. 40-38-2 du code de procédure pénale, sont enregistrées les empreintes des personnes détenues. M. A justifie dès lors qu'il n'est pas la personne ayant purgé les peines d'emprisonnement prononcées le 2 septembre 2010 et le 21 octobre 2011, dont il résulte du bulletin n° 2 du casier judiciaire produit en défense qu'elles ont donné lieu à l'incarcération de la personne concernée. Le préfet de police, à qui ces informations avaient été communiquées une première fois en 2012 et qui a, par la suite, renouvelé à deux reprises le droit au séjour de l'intéressé, n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les faits à l'origine de ces deux premières condamnations ou des deux suivantes infligées à la même personne auraient tout de même été commis par M. A.

5. Dans ces conditions, en estimant, sur la seule base des mentions figurant sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire qu'il produit, que M. A représentait une menace grave pour l'ordre public, sans vérifier préalablement, par une comparaison de leurs empreintes digitales, la correspondance entre l'identité de l'intéressé et celle de l'auteur des infractions en cause et sans s'enquérir des suites données à la plainte déposée par M. A pour usurpation d'identité, le préfet de police a procédé à un examen insuffisant de la situation personnelle de l'intéressé entachant sa décision d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2024, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. L'annulation de la décision attaquée implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de procéder à un nouvel examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement, le cas échéant après vérification de son identité, et lui délivre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 5 novembre 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de procéder à un nouvel examen de la demande de renouvellement de son certificat de résidence de dix ans de M. A, le cas échéant après vérification de son identité, dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement, et lui délivre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme de Schotten, première conseillère,

M. Rezard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2025.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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