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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2432673

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432673

mardi 20 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2432673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. C, ressortissant marocain, contestant un arrêté du préfet de police du 8 décembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, assorti d'un refus de délai de départ volontaire et d'une interdiction de retour de soixante mois. Le tribunal a notamment écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en rappelant que cette disposition ne s'adresse pas aux États membres. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sans qu'il soit fait droit aux demandes d'annulation, d'injonction ou de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, trois mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 10 et

26 décembre 2024, 10 janvier et 5 mars 2025, 31 décembre 2024, 31 janvier 2025, 13 février 2025 et 4 mars 2025, M. B C se disant A D, représenté par Me Victor, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné, ainsi que l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de soixante mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées de l'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garant par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le risque de fuite n'est pas établi et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est en tout état de cause disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C sont infondés.

Par ordonnance du 5 mars 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2025 à

12 h 00.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 30 avril 2025, soit postérieurement à la cloture d'instruction, ont été présentées pour M. C se disant M. D et n'ont pas été communiquées.

Par une décision du 18 mars 2025, M. C se disant M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truilhé,

- et les observations de Me Gossin, substituant Me Victor, représentant M. C se disant M. D ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C se disant M. D, ressortissant marocain né le 19 juillet 1999 à Sidi Bernoussi, a été placé en garde à vue le 8 décembre 2024 à la suite de son interpellation pour agression sexuelle. Le 8 décembre 2024, il a fait l'objet d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. Par un arrêté du même jour, le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de soixante mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

3. En revanche, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police du 8ème arrondissement de Paris le 8 décembre 2024, M. C a été interrogé sur sa situation administrative en France et sur la date et les modalités de son arrivée en France, il n'a aucun moment été informé de la possibilité qu'une mesure d'éloignement pourrait être prise à son encontre et n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations de manière utile et effective sur une telle mesure avant qu'elle n'intervienne.

5. Par suite, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu. Ce vice de procédure, qui l'a privé d'une garantie, est de nature à entacher d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 8 décembre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné est annulé. Dès lors, l'arrêté du même jour, par lequel, le préfet de police l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de soixante mois, est également annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. Le présent jugement implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 614-16 précitées, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait de la situation du requérant, qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que M. C se disant M. D, qui a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, ne justifie en tout état de cause pas avoir exposé des frais qui n'auraient pas été pris en charge au titre de l'aide juridique, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 8 décembre 2024 du préfet de police de Paris sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C se disant M. D dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C se disant M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C se disant M. A D, et au préfet de police .

Délibéré après l'audience du 6 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mai 2025.

Le président-rapporteur,

Signé

J.-C. TRUILHÉ L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. GROSSHOLZ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2432673/1-1

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