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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2433311

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2433311

vendredi 20 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2433311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, ressortissante canadienne, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 29 novembre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté les moyens d’insuffisance de motivation, d’erreur de fait et d’erreur de droit, considérant que le préfet n’avait pas méconnu l’étendue de sa compétence. La solution retenue est fondée sur l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024 et un mémoire enregistré le 10 avril 2025, Mme B A, représentée par Me Tavares de Pinho, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 29 novembre 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle doit être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'elle a demandé le renouvellement de son visa " vacances-travail " et en ce qu'elle mentionne qu'elle ne justifie pas d'une communauté de vie ancienne et suffisante avec son partenaire ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet ayant méconnu la portée de sa compétence en n'usant pas de sa faculté de lui délivrer un titre de séjour de façon discrétionnaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet de police s'étant estimé en situation de compétence liée pour prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2025, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,

- et les observations de Me Vincent, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante canadienne née le 14 août 1988, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès du préfet de police le 12 septembre 2024. Par un arrêté du 29 novembre 2024, le préfet de police a rejeté sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les textes dont elle fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise en outre les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, si l'arrêté attaqué mentionne que le visa de long séjour " vacances travail " n'a pas vocation à être renouvelé, il ne ressort pas des termes de la décision, qui refuse la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de police se serait à tort estimé saisi d'une demande de renouvellement du visa de l'intéressée. D'autre part, la circonstance que l'arrêté mentionne que la requérante ne justifie pas d'une communauté de vie ancienne et suffisante avec son partenaire, qui traduit l'appréciation portée par le préfet de police sur la situation de la requérante, ne constitue pas, en l'espèce, une erreur de fait. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, si la requérante soutient que le préfet de police aurait méconnu la portée de sa compétence en ne lui délivrant pas de titre de séjour en vertu de son pouvoir discrétionnaire, le préfet de police n'était pas tenu de faire usage de ce pouvoir. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

6. En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si la requérante, entrée en France le 31 octobre 2022, se prévaut de la circonstance qu'elle est pacsée à un ressortissant français depuis le 14 mai 2024 et justifie d'une vie commune avec son compagnon depuis le 4 avril 2023, elle n'établit pas l'ancienneté de sa relation avec son partenaire, qu'elle soutient avoir rencontré le 18 novembre 2022. En outre, elle fait valoir qu'elle a travaillé en qualité d'architecte d'intérieur à compter du 10 juillet 2023, en contrat à durée déterminée jusqu'au 31 octobre 2023, puis jusqu'au 25 octobre 2024. Dans ces circonstances, eu égard au caractère récent de sa présence en France et de sa vie commune avec son compagnon, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'est pas davantage fondée, eu égard aux éléments dont elle se prévaut, à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, Mme A n'établit pas, en se prévalant de sa relation avec un ressortissant français avec qui elle a conclu un pacte civil de solidarité, de ses ressources et de son intégration dans la société française, ainsi que de l'impossibilité de travailler dans laquelle le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé la place, que ce refus serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception d'illégalité, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de police se serait estimé en situation de compétence liée pour prendre à l'encontre de Mme A une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En troisième lieu, eu égard au caractère récent de la présence en France de Mme A, de la relation dont elle se prévaut avec un ressortissant français avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité, ainsi que de son insertion professionnelle, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, Mme A n'établit pas, en se prévalant de sa relation avec un ressortissant français et de son insertion professionnelle en France, que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qui lui a été opposée serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception d'illégalité, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, Mme A n'établit pas, en se prévalant de sa relation avec un ressortissant français et de son insertion professionnelle en France, que la décision fixant le délai de départ volontaire dont elle bénéficie à trente jours serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception d'illégalité, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme de Mecquenem, première conseillère,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2025.

La rapporteure,

signé

B. ARNAUD

Le président,

signé

C. FOUASSIERLa greffière,

signé

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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