Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 20 décembre 2024,
14 et 17 novembre 2025 et 5 février 2026, M. B... A..., représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite, née le 29 juillet 2024, par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros au titre de l’article
L. 761-1 du code de la justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de refus de titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation, au motif que le préfet n’a pas répondu dans le délai d’un mois à la demande de communication des motifs qui lui a été adressée le 10 octobre 2024 sur le fondement de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de droit tirée d’une méconnaissance des dispositions de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, faute pour le préfet d’avoir saisi pour avis la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de police de Paris, à qui la requête a été communiquée, n’a pas produit d’observations en défense.
Par une ordonnance en date du 23 janvier 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 9 février 2026 à 12h00.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 17 avril 2026, ont été présentées pour M. A... et n’ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Truilhé ;
- et les observations de Me Boudjellal, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant tunisien né le 16 juin 1977, a sollicité, le 29 mars 2024, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article
L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. M. A... demande l’annulation de la décision implicite de refus de séjour née le 29 juillet 2024, en application de l’article R. 432-2 du même code, du silence gardé par le préfet de police de Paris pendant quatre mois sur sa demande.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention (…) " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ».
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A... justifie de sa présence en France depuis 2009 et d’une activité salariée auprès du même employeur depuis 2015, pour laquelle il déclare ses revenus auprès de l’administration fiscale. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir que le préfet de police de Paris a commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en lui refusant implicitement le bénéfice d’une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite de rejet née le 29 juillet 2024 du silence gardé par le préfet de police de Paris sur sa demande de titre de séjour formée le 29 mars 2024.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
5. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de l’absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » soit délivrée au requérant. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros à verser à M. A..., au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de police de Paris sur la demande de titre de séjour formée par M. A... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... une qu’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’État versera une somme de 1 000 euros à M. A... au titre de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er juillet 2026.
Le président-rapporteur
La première conseillère,
Signé
Signé
J-C. TRUILHÉ
M. MONTEAGLE
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
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