Le Tribunal Administratif de Paris a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. A..., ressortissant malien, contre un arrêté du préfet de police du 2 décembre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, écartant notamment l'incompétence du signataire et l'insuffisance de motivation, et a jugé que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité des décisions attaquées sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2025, M. B... A... représenté par Me Maillard, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 décembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre au préfet, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.
Il soutient que :
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision portant refus de séjour :
- le signataire de la décision était incompétent ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet aurait dû saisir pour avis la commission du titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation ;
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision est illégale en raison de l’illégalité du refus de séjour ;
- le préfet a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation :
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision est illégale en raison de l’illégalité de la mesure d’éloignement ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation :
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est illégale en raison de l’illégalité de la mesure d’éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2025, le préfet de police représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour M. A... ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 avril 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 20 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique, le rapport de M. Rebellato, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant malien né le 30 juillet 1992, allègue être entré en France en 2014. Le 12 décembre 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par l’arrêté attaqué du 2 décembre 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01677 du 18 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation au signataire de l’arrêté attaqué, M. C... D..., sous-directeur du séjour et de l’accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, lesquelles comportent la police des étrangers, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lorsqu’il a signé l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision refusant un titre de séjour à M. A... vise notamment le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en particulier les dispositions de son article L. 435-1 sur le fondement desquelles l’intéressé a présenté sa demande de carte de séjour. Cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Par suite, cet arrêté qui permet de vérifier que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière de l’intéressé est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (…) ». En vertu du 4° de l’article L. 432-13 du même code, la commission du titre de séjour instituée dans chaque département, dont l’organisation est prévue à l’article L. 432-14, doit être saisie pour avis par l'autorité administrative dans le cas prévu à l'article L. 435-1.
5. Si M. A... allègue qu’il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l’arrêté, les pièces qu’il produit au soutien de ses dires ne sont pas de nature à l’établir dès lors, qu’au titre des années 2018 à 2021, il se borne à fournir notamment des avis d’imposition et des courriers, lesquels, eu égard à leur teneur et en l’absence d’autres pièces probantes, ne sont pas de nature à attester de la réalité de sa présence en France depuis dix ans. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet de police était tenu de saisir la commission du titre de séjour préalablement à sa décision de refus de titre de séjour.
6. M. A... se prévaut de son ancienneté au séjour depuis novembre 2014, de son expérience professionnelle, de son intégration et de ses attaches privées et familiales en France. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu’il ne justifie pas résider en France de manière habituelle depuis dix ans. En outre, son ancienneté au travail en qualité d’agent de propreté date de juillet 2023 et est par suite récente. Par ailleurs, s’il se prévaut de sa bonne intégration et de « solides attaches familiales » en France, il ne produit aucune pièce permettant d’en attester. Enfin, il est célibataire et sans charge de famille en France et il n’est pas allégué qu’il serait dépourvu d’attaches privées et familiales dans son pays d’origine. Dans ces conditions, c’est sans erreur manifeste d’appréciation que le préfet de police a pu estimer que sa situation ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l’application de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui refuser la délivrance d’un titre de séjour sur ce fondement. Pour les mêmes motifs, la décision contestée du préfet n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet qui n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant, n’a pas davantage méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l’annulation de l’obligation de quitter le territoire par voie de conséquence de l’annulation du refus du titre de séjour doit être écarté.
8. Pour les mêmes raisons que celles développées à l’occasion de l’examen des moyens dirigés contre le refus de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l’annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire par voie de conséquence de l’annulation de la mesure d’éloignement doit être écarté.
10. M. A... soutient que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. Toutefois, s’il fait valoir que le préfet aurait dû tenir compte de la durée de son séjour, de sa vie privée, de son état de santé et de ses liens sociaux, il n’apporte aucune précision à l’appui de ses allégations et n’invoque aucun argument qui justifierait qu’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Ainsi, le préfet ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d’appréciation, en accordant à l’intéressé un délai de départ volontaire de trente jours, alors que ce délai est celui normalement accordé pour quitter volontairement le territoire.
Concernant les moyens invoqués à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi :
11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré de l’illégalité de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence de l’annulation de la mesure d’éloignement doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de l’arrêté attaqué du préfet doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.
Délibéré après l’audience du 23 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 novembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
J. REBELLATO
Le président,
Signé
L. GROS
La greffière,
Signé
C. CHAKELIAN
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.