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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2502046

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2502046

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2502046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B, ressortissant égyptien, qui contestait un arrêté du préfet de police du 26 décembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal écarte l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et de examen, la méconnaissance du droit d'être entendu, ainsi que la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il estime que la décision attaquée est suffisamment motivée, que le requérant a été entendu avant son édiction, et que la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police en date du 26 décembre 2024 portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente pour le faire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2025 le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 21 mars 2025 par le bureau d'aide juridictionnelle.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ladreyt a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né le 1er septembre 1994, est entré en France en 2021 selon ses déclarations. Il s'est vu notifier le 26 décembre 2024 un arrêté du préfet de police de Paris portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01677 du 18 novembre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de police a donné à Mme C attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Si l'arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. B, il lui permet de comprendre les motifs qui l'ont fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas suffisante, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense qui figurent au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne (UE) et consacrés à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant retrait du droit au séjour et obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition sur sa situation administrative établi le 26 décembre 2024, que M. B a été entendu par les services de police dans les suites de son interpellation, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué et qu'il a pu notamment, dans ce cadre, s'exprimer s'agissant de sa situation administrative en France et la perspective d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B se prévaut de ce qu'il réside en France depuis 2021, qu'il travaille depuis le mois de juin 2022 et qu'il dispose d'une vie privée et familiale en France. Toutefois, sa présence en France ainsi que son insertion professionnelle sont particulièrement récentes et il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant à charge et n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses vingt-sept ans. Il suit de là qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police n'a pas porté atteinte à son droit à une vie privée et familiale disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B et des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Giudicelli-Jahn et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Cicmen, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.

Le président-rapporteur,

J-P. Ladreyt

L'assesseur le plus ancien,

D. CicmenLa greffière,

A. Gomez Barranco

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2502046

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