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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2502476

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2502476

vendredi 24 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2502476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantGAGEY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet de police du 15 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le droit au maintien de M. A... avait pris fin après le rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. Les moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen et la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés comme infondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique sous réserve que Me Gagey renonce à percevoir la part contributive de l’Etat et, en cas de rejet de la demande d’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’une méconnaissance de son droit à se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 611-1 et L. 542-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation ;


Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Weidenfeld a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. A..., né le 5 mars 1997 à Kaboul, de nationalité afghane, est entré en France le 1er décembre 2022 et a présenté une demande d’asile le 15 décembre 2022. Par décision du 9 janvier 2024, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par décision du 2 juillet 2024, la Cour nationale du droit d’asile a rejeté le recours de M. A... exercé contre la décision du 9 janvier 2024. Par arrêté du 15 novembre 2024, le préfet de police a obligé M. A... à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 542-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « En l’absence de recours contre la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l’article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu’un recours contre la décision de rejet de l’office a été formé dans le délai prévu à l’article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d’asile ou, s’il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci ». L’article L. 542-2 du même code dispose : « Par dérogation à l’article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l’Office français de l'immigration et de l'intégration a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; /b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; /c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; /d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; /e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; (…) 2° Lorsque le demandeur : (…) b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l’objet d’une décision d’irrecevabilité par l’office en application du 3° de l’article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d’éloignement ; c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d’une première demande de réexamen ». Enfin, aux termes de l’article L. 611-1 de ce code : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° »

Pour prendre à l’encontre de M. A... l’arrêté contesté, le préfet de police s’est fondé sur la circonstance que la demande d’asile de l’intéressé avait fait l’objet d’un rejet de la part de la Cour nationale du droit d’asile du 2 juillet 2024, notifié le 15 juillet 2024. Il ressort cependant des pièces du dossier qu’antérieurement à l’arrêté du 15 novembre 2024, M. A... a déposé une demande de réexamen de sa demande d’asile devant l’Office français de la protection des réfugiés et apatrides le 12 novembre 2024. La décision d’irrecevabilité de cette demande n’ayant été prise par l’Office de protection des réfugiés et apatrides que le 2 décembre 2024, M. A... disposait du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de l’arrêté litigieux. Par suite, en prenant l’arrêté attaqué, le préfet de police a méconnu les dispositions précitées des articles L. 542-2 et L. 611-1 4° du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.






D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de police a obligé M. A... à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit, est annulé.

Article 2 : L’Etat versera à Me Gagey la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A..., à Me Gagey et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 3 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,
M. Nourisson, premier conseiller,
Mme de Schotten, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2025.

La présidente-rapporteure,

K. Weidenfeld
Le premier assesseur,

S. Nourisson

Le greffier,





A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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