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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504047

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504047

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 6 janvier 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation du requérant, écartant ainsi le moyen tiré d'un défaut d'examen. S'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour, le juge a rappelé que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopposable aux ressortissants marocains pour une activité salariée, ce point étant déjà régi par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Enfin, la circulaire du 28 novembre 2012 ne peut être utilement invoquée, le préfet disposant d'un pouvoir discrétionnaire de régularisation que le requérant ne démontre pas avoir été exercé de manière entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2025, M. B A, représenté par Me Berrebi-Wizman, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Il soutient que :

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du

28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mars 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au

18 avril 2025 à 12 heures.

Par une lettre du 2 juin 2025, le tribunal a demandé au requérant de produire, pour compléter l'instruction, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, les bulletins de paie de l'année 2023 annoncés en pièce jointe n° 156.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Armoët a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 23 mai 1997, est entré en France le

5 novembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 19 janvier 2024, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de police. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police, qui a notamment fait état de la date d'entrée en France du requérant, de l'emploi de vendeur polyvalent pour lequel il a présenté sa demande d'admission au séjour, de la présence en France de son père, de sa situation familiale et de la résidence de sa mère et de sa fratrie à l'étranger, a procédé à l'examen particulier de la situation de M. A avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ".

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. En l'espèce, d'une part, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A réside habituellement en France depuis le mois de novembre 2019, soit depuis cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, et qu'il y exerce une activité professionnelle en qualité de vendeur polyvalent, à temps plein, auprès de la même société depuis le mois de juillet 2021, soit depuis plus de trois ans à la date de l'arrêté attaqué. Toutefois, cette expérience professionnelle et cette ancienneté de séjour ne suffisent pas, à elles seules, à caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour en l'absence de spécificité de l'emploi en cause et d'éléments particuliers de la situation personnelle ou professionnelle du requérant. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la présence en France de son père, il est constant qu'il conserve des attaches familiales dans son pays d'origine où vivent notamment sa mère et sa fratrie et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A au regard de sa situation professionnelle et personnelle en France.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 6 janvier 2025. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

La rapporteure,

E. Armoët

La présidente,

M. SalzmannLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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