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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504366

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504366

mardi 23 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris annule la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de Mme A, ressortissante chinoise, née du silence du préfet de police. La juridiction retient que l'administration n'a pas communiqué les motifs de cette décision implicite dans le délai d'un mois suivant la demande de l'intéressée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Cette illégalité suffit à justifier l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2025, Mme B A, représentée par Me Goeau-Brissonniere demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la même échéance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le préfet de police de Paris n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs du rejet de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Simonnot.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise, a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de police de Paris le 2 septembre 2024. Du silence conservé par l'administration sur sa demande est née une décision implicite de rejet le 2 janvier 2025 dont la requérante demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ", et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

4. La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé implicitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense, que Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 2 septembre 2024. En application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du silence gardé par le préfet de police sur cette demande est née une décision implicite de rejet le 2 janvier 2025. Par un courrier, reçu à la préfecture le 15 janvier 2025, Mme A a sollicité la communication des motifs de cette décision. Elle soutient, sans être contredite par le préfet de police que ce dernier n'a pas répondu à ce courrier. Dans ces conditions, et alors qu'aucune décision explicite prise sur cette demande n'est intervenue, Mme A est fondée à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet délivre un titre de séjour à Mme A. Toutefois, il implique nécessairement qu'il réexamine la demande de l'intéressée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A n'a pas demandé l'aide juridictionnelle. Dès lors, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La décision implicite née le 5 janvier 2025 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté la demande de Mme A tendant à la délivrance d'un titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Desprez, premier conseiller,

Mme Van Daële, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2025.

Le président-rapporteur,

signé

J-F. SIMONNOT

Le premier assesseur,

signé

J.-B. DESPREZ

La greffière,

signé

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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