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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504373

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504373

mardi 3 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantJEAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. B, ressortissant congolais, contre un arrêté préfectoral du 30 septembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle, de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. Il a considéré que la décision d'éloignement était légale, le droit au maintien de M. B ayant pris fin à la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, conformément à l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 17 février,

17 mars et 11 avril 2025, M. A B, représenté par Me Jean, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et portant interdiction de retour :

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article L.511-4 § 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

La préfète, à qui la requête a été régulièrement communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 14 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée au

29 avril 2025 à 12 h 00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truilhé ;

- et les observations de Me Jean, représentant M. B ;

- la préfète n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né le 28 août 1984 à Kinshasa (République démocratique du Congo), entré en France en 2023 selon ses déclarations. Sa demande d'asile aurait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 28 février 2024, puis par une décision confirmative de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 5 août 2024, lue en audience publique selon l'arrêté attaqué. Par un arrêté du 30 septembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de l'Oise, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Aux termes de l'article R. 532-54 du même code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ". Aux termes de l'article R. 532-57 de ce code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire français à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande, pour le cas où une telle décision est prise, lui soit notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé contre cette décision, jusqu'à la date de la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. En l'absence de notification de la décision rejetant la demande d'asile présentée par l'intéressé, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier que la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été régulièrement notifiée à l'intéressé, le cas échéant en sollicitant la communication de la copie de l'avis de réception auprès de la cour.

4. En premier lieu, la préfète de l'Oise, pour motiver la décision d'éloignement, a relevé que la demande de protection internationale de M. B avait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 28 février 2024, puis par une décision confirmative de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 5 août 2024, lue en audience publique selon l'arrêté attaqué. À l'appui de sa requête,

M. B conteste cette notification et fait valoir que le préfet n'apporte aucun élément pour en établir la réalité. Une copie de cette requête a été communiquée le 3 mars 2025 à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense. La préfète de l'Oise, qui n'a pas produit l'extrait de la base de données " Telemofpra ", relative à l'état des procédures de demande d'asile, ne justifie ni de la nature de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, ni, à supposer qu'elle ait pris la forme d'une décision lue en audience publique, de la réalité de cette lecture. Dès lors, M. B est fondé à soutenir qu'il bénéficiait toujours du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de l'arrêté litigieux le 30 septembre 2024 et à demander, pour ce motif, l'annulation de cet arrêté.

5. En second lieu, s'il est constant que M. B n'a pas sollicité son admission au séjour sur un autre fondement que l'asile, et notamment pas au titre de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger en situation de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment des divers comptes rendus d'hospitalisation en psychiatrie et ordonnances médicales produits par le requérant, que celui-ci suit, dans le cadre d'un syndrome post-traumatique, un traitement médicamenteux comprenant un psychotrope, à savoir la sertraline, et deux benzodiazépines, à savoir l'alprazolam et le lormétazépam, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise ait examiné sa situation administrative au regard de son état de santé avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français du 30 septembre 2024. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que ladite décision est entachée d'un défaut d'examen effectif de sa situation particulière.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Et aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. Le présent jugement implique que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise ou à tout préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer au requérant, dans l'attente, et dans un délai de sept jours à compter de la notification dudit jugement, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jean, avocate de

M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la préfète de l'Oise le versement à Me Jean de la somme de

1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Oise du 30 septembre 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise ou à toute autre autorité compétente de réexaminer la situation administrative de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à ce dernier, dans l'attente, et dans un délai de sept jours à compter de la notification dudit jugement, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Jean une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jean renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Jean et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2025.

Le président-rapporteurLa première conseillère,

SignéSigné

J-C. TRUILHÉ C. GROSSHOLZ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2404373/1-1

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