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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504716

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504716

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantMOREL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant guinéen, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 26 septembre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la décision était signée par une autorité compétente et que les conditions de signature électronique étaient régulières. Il a également estimé que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen, de l'erreur de fait, et de la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 février 2025, 5 mars 2025 et 12 mai 2025, M. B A, représenté par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 septembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travail, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas justifié que ces décisions ont été adoptées par une autorité disposant d'une délégation de signature ;

- les conditions de leur signature méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il exerce une activité professionnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant des décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire à trente jours et fixant le pays de destination :

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une décision du 20 janvier 2025 du bureau d'aide juridictionnelle, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- le jugement n° 2302650 du 28 mars 2023 du tribunal administratif de Paris,

- l'ordonnance n° 2210251 du 9 août 2022 du tribunal administratif de Paris,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

-le rapport de M. Rohmer,

-les observations de Me Morel, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 16 juillet 1996, entré en France le 1er novembre 2017 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 26 septembre 2024, le préfet de police a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français, en assortissant cette obligation d'un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. D F, administrateur de l'Etat hors classe, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024 du préfet de police, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 212-3 du même code : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par M. C E, par l'apposition d'une signature électronique, dont la régularité est justifiée par une copie d'écran informatique par le préfet qui fait état de ce que l'intéressé dispose d'un certificat de signature électronique valable jusqu'au 28 février 2026, sans que le requérant n'apporte d'éléments de nature à contester utilement ce justificatif. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ne peut être qu'écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comporte ainsi les considérations de droit qui le motivent et indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation dont serait entachée cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'édicter la décision attaquée. Dès lors le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A établit résider de manière habituelle sur le territoire français depuis l'année 2017, il est célibataire et sans charge de famille en France. En outre, s'il établit avoir travaillé du 24 juillet 2023 au 23 février 2024 en tant qu'agent de service au sein de la société Pro Insert Paris, il ne justifie cependant pas, à la date de l'arrêté attaqué, d'une ancienneté suffisamment significative dans un emploi permettant de caractériser l'existence de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, en ne renouvelant pas l'autorisation provisoire de travail de M. A, le préfet de police n'a pas méconnu le jugement n° 2302650 du tribunal administratif de Paris du 28 mars 2023 qui a enjoint à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait méconnu les dispositions de cet article et aurait entaché sa décision d'une erreur de fait ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. M. A se borne à invoquer l'ancienneté de son séjour sur le territoire français et une insertion professionnelle significative dans un secteur marqué par des difficultés de recrutement sans toutefois justifier être démuni d'attaches familiales à l'étranger où réside sa mère. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 9 s'agissant de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A, le préfet de police, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus ou des buts qu'il a poursuivis, sans que la circonstance que l'intéressé soit suivi depuis plusieurs année dans le cadre d'une dépendance ne puisse modifier cette appréciation. Il n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire à trente jours et fixant le pays de destination :

11. En premier et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ce qui a été dit aux points 9 et 10, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste dont seraient entachées les décisions par lesquelles le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire à trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Morel et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Rohmer, président ;

- Mme Dousset, première conseillère ;

- M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2025.

Le président rapporteur,

Signé

B. ROHMER

La rapporteure la plus ancienne,

Signé

A. DOUSSET

La greffière,

Signé

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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