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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2505541

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2505541

mardi 15 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2505541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 30 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A, ressortissant mauritanien, et les décisions subséquentes (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour de 24 mois, fixation du pays de destination). Le juge a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la durée de présence en France depuis 2017 et de l'ancienneté et la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant (83 fiches de paie). La solution retenue est l'annulation des décisions contestées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 février et 6 mai 2025, M. B A, représenté par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2025, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 mars 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2025 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les observations de Me Hervet, représentant M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1994, est entré en France le 2 septembre 2017 selon ses déclarations. Le 21 janvier 2025, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 janvier 2025, le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de

vingt-quatre mois et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A résidait en France depuis 2017 et travaillait depuis sept ans au sein de diverses sociétés d'intérim et de propreté et services, en tant que manutentionnaire et agent de service, ce qu'il établit par la production de 83 fiches de paie. Il produit également des attestations d'un oncle, d'une nièce et de cousins attestant de son intégration sociale sur le territoire, notamment de son engagement syndical et associatif. Dans ces conditions, eu égard notamment, à la durée de la présence en France de l'intéressé ainsi qu'à l'ancienneté et à la stabilité de son insertion professionnelle, le préfet de police de Paris a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer ce titre de séjour à M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an à M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Amadori, premier conseiller,

Mme Alidière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2025.

La présidente-rapporteure,

Signé

M.-O LE ROUX

L'assesseur le plus ancien,

Signé

A. AMADORILa greffière,

Signé

V. FLUET

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-2

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