Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires en réplique et des pièces complémentaires, enregistrés les 27 février 2025, 1er juin 2025, 3 juin 2025 et 13 juin 2025, Mme B... A..., représentée par Me Poirier, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 3 février 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant », « salarié », « travailleur temporaire » ou vie privée et familiale » ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de respectivement 150 euros et 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A... soutient que :
l’arrêté litigieux est entaché d’incompétence de son auteur ;
il est insuffisamment motivé, révélant un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
il méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
il méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
il méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 juin 2025, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 juin 2025.
Mme B... A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 30 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme de Saint Chamas a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... A..., ressortissante chinoise née le 15 juillet 1997 et entrée en France le 17 février 2020 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L.4221-1, L.422-2, L.423-23 et L.435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 février 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l’a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, susvisée : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président. ». Aux termes de l’article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : « L’admission provisoire peut être accordée dans une situation d’urgence, (…). L’admission provisoire est accordée par (…) le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l’intéressé, soit d’office si celui-ci a présenté une demande d’aide juridictionnelle ou d’aide à l’intervention de l’avocat sur laquelle il n’a pas encore été statué. ».
3. Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2025. Par suite, ses conclusions à fin d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n’y a pas lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 13 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme Maria Aït-Amer, secrétaire administrative de classe normale, cheffe de la section admission exceptionnelle, signataire de l’arrêté en litige, à l’effet de signer les décisions de refus de séjour et les obligations à quitter le territoire français des ressortissants étrangers qui déposent une demande dont un des motifs est relatif à l’admission exceptionnelle au séjour, en cas d’absence ou d’empêchement de personnes dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elles n’ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l’acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l’arrêté litigieux mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1, dont le préfet de police a fait application pour son édiction. Il mentionne également les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. L’arrêté contesté indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s’est fondé, notamment celles selon lesquelles Mme A... n’est pas en possession du visa de long séjour exigé pour la délivrance d’un titre de séjour mention « étudiant » et que son niveau d’études ne justifie pas qu’il soit dérogé à cette exigence. Il est en outre fait état de la situation familiale de Mme A..., qu’elle ne justifie pas de ressources suffisantes et qu’elle n’établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, l’arrêté contesté, s’il ne mentionne pas tous les éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante, que le préfet de police n’était en tout état de cause pas tenu de citer de manière exhaustive, mentionne les éléments de droits et de fait qui en constituent le fondement. Il ne ressort pas en outre des termes de la décision attaquée que le préfet de police n’aurait pas tenu compte de la durée de présence de la requérante au regard des pièces dont il disposait. Ainsi, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui établit qu’il suit un enseignement en France ou qu’il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d’existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d’une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l’étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l’âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l’autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d’une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». L’article L. 412-1 du même code dispose que : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d’une carte de séjour temporaire ou d’une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l’étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l’article L. 411-1 ». Enfin, aux termes de l’article L. 412-3 de ce code : « Par dérogation à l’article L. 412-1 l’autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l’article L. 422-1 (…) ».
7. Il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de police, après avoir relevé que Mme A... n’était pas munie d’un visa de long séjour, a considéré que, si cette dernière a produit à l’appui de sa demande un certificat de scolarité en Master Management Program pour l’année 2022, « le niveau d’études atteint par l’intéressée ne justifie pas qu’il soit dérogé à l’exigence du visa de long séjour ».
8. Si Mme A..., qui ne conteste pas ne pas disposer d’un visa de long séjour, justifie être inscrite dans une formation préparant au diplôme de master en versant à l’instance un certificat de scolarité, cette circonstance ne caractérise toutefois pas à elle seule une erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commis le préfet en considérant que le niveau d’études ne justifiait pas qu’il soit délivré un titre de séjour par dérogation à la règle de détention d’un visa de long séjour. Ce motif, relatif au niveau des études apprécié dans le cadre du pouvoir de régularisation, justifiait à lui seul le refus de délivrance du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». Aux termes de l’article L. 435-1 du même code : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». Enfin, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ».
10. Si Mme A... se prévaut de sa présence en France depuis cinq ans, elle ne l’atteste pas par les pièces versées à l’instance - à savoir, outre la copie de son passeport et de ses billets d’avion, un test « covid » en date du 16 mars 2021, une capture d’écran attestant son inscription à un cours de français au cours de l’année 2020 ainsi qu’une confirmation de rendez-vous chez un orthodontiste le 3 janvier 2019 -, trop peu nombreuses pour attester de la réalité de ses assertions. Si elle affirme résider chez son compagnon, lequel est étudiant en médecine et de nationalité française, elle ne produit aucune pièce pour en justifier hormis une attestation de son compagnon, très peu circonstanciée et ne faisant que très laconiquement état de leur relation. Enfin, si Mme A... se prévaut de souffrir d’une profonde dépression, elle ne verse qu’un seul certificat médical, au demeurant postérieur de plusieurs mois à la décision attaquée, pour justifier de ses troubles psychologiques. Il en résulte que les liens personnels de Mme A..., qui ne fait état d’aucune charge de famille, ne sont pas tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par ailleurs, la durée de sa présence en France et le suivi de ses études ne sont pas d’une nature telle que l’appréciation portée par le préfet sur le caractère exceptionnel des motifs dont la requérante se prévaut serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés. Il en est de même pour le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même de ses conclusions à fin d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, l’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A... tendant à son admission à l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Poirier et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Séval, président,
Mme de Saint Chamas, première conseillère,
Mme Benhamou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2025.
La rapporteure,
signé
M. de SAINT CHAMASLe président,
signé
J.-P. SEVAL
La greffière,
signé
S. LARDINOIS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.