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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2506210

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2506210

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2506210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SALIGARI EL AMINE AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet de police avait refusé de délivrer un titre de séjour à une ressortissante serbe, l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'ancienneté de séjour de l'intéressée (sept ans) et de son intégration professionnelle stable. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié" dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2025, Mme A... C..., représentée par Me Saligari, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

S’agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre.

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C..., ressortissante serbe, a sollicité le 15 février 2023 la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 16 décembre 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C... demande l’annulation de cette décision.

2. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ».

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C... établit une présence en France depuis mai 2017 par les bulletins de salaire qu’elle produit. Par ailleurs, Mme C..., qui exerce de façon régulière un emploi d’employée de maison et d’aide à domicile depuis mai 2017, d’abord à temps partiel chez plusieurs employeurs, puis à compter de 2022 à plein temps chez le même employeur comme aide d’une personne âgée, justifie d’une expérience professionnelle de plus de sept ans à la date de la décision attaquée. En outre, de très nombreuses attestations de son employeur actuel, ainsi que de professionnels du corps médical, soulignent son professionnalisme et ses qualités humaines. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante a suivi une formation pour améliorer son français et qu’elle fait des efforts d’intégration. Ainsi, compte tenu de l’ancienneté de séjour de Mme C... de sept ans à la date de la décision en cause et de son ancienneté dans l’emploi, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d’erreur manifeste d’appréciation en lui refusant la délivrance d’un titre de séjour.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du préfet de police du 16 décembre 2024.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

5. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée à Mme C... une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié ». Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de police, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l’intéressée, d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État le versement à Mme C... de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 16 décembre 2024 par lequel le préfet de police a refusé de délivrer à la requérante un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police délivrer à Mme C... une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.


Article 3 : L’Etat versera à Mme C... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et au préfet de police.




Délibéré après l'audience du 23 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Nathalie Amat, président,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.





La rapporteure,

signé
P. Desmouliere

La présidente,

signé
N. Amat

La greffière,





signé

L. Thomas




La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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