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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2506377

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2506377

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2506377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantHAIK

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D, ressortissant congolais, qui contestait un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 22 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de vingt-quatre mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de la signataire, de défaut de motivation et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, jugeant la décision suffisamment motivée et proportionnée. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant la légalité de l'arrêté préfectoral pris sur le fondement des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une ordonnance de renvoi du 4 mars 2025, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de

M. A D, enregistrée le 22 février 2025.

Par cette requête, enregistrée le 6 mars 2025 au tribunal administratif de céans, et un mémoire complémentaire enregistré le 8 mars 2025, M. A D, représenté par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation tout en lui délivrant durant l'instruction de son dossier une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut d'audition ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut d'audition ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une ordonnance du 2 mai 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais, né le 10 décembre 1972 à Brazzaville et entré en France le 9 septembre 2014 selon ses déclarations, a sollicité le 28 janvier 2016 auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 311-11 § 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée le 19 avril 2019. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté en date du 22 janvier 2025 :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-4161 du 25 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 28 novembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B C, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les articles L. 611-1 à L. 611-3, L. 612-2 à L. 612-6, L. 612-10, L. 612-12, L. 613-1 à L. 613-5 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les article L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, en outre, les éléments de la situation personnelle de M. D sur lesquels il se fonde. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne se serait pas livré à un examen effectif de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de l'intéressé doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de police en date du 22 janvier 2025 que M. D a été entendu sur sa situation administrative et qu'il a ainsi eu la possibilité de faire état de ses observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant soutient qu'il a créé depuis 2014, date à laquelle il déclare être entré sur le territoire, une vie privée et familiale, la seule circonstance, au demeurant non établie sachant qu'il ne produit aucune pièce de nature à justifier du maintien de sa présence entre mars et septembre 2017 et entre juillet 2019 et juin 2020, qu'il résiderait de manière continue en France depuis son entrée sur le territoire ne suffit pas à établir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. En outre, il est non contesté que M. D, célibataire, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside son enfant, alors qu'il ne démontre pas l'étendue et l'intensité des relations qu'il a tissées en France. Enfin, il ne produit aucune pièce relative à une activité professionnelle stable et régulière. Dans ces circonstances, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : [] 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; [] ".

9. En l'espèce, l'arrêté mentionne la mesure d'éloignement prononcée par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 19 avril 2019 contre M. D à laquelle il s'est soustrait pour étayer, sur la base des dispositions des articles précités, l'absence de délai prononcé avec la décision d'obligation de quitter le territoire français, sans qu'il soit besoin d'examiner la validité du critère alternatif de menace à l'ordre public. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soulever le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612.10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire en date du 19 avril 2019 à laquelle il s'est soustrait. En outre, M. D n'établit pas l'intensité de ses liens avec la France, à supposer qu'il y réside de manière continue depuis 2014. Dans ces conditions, il n'apparait pas que le préfet ait négligé d'effectuer un contrôle de proportionnalité entre le but poursuivi par la décision et les intérêts du requérant au regard du principe et de la durée de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 22 janvier 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées, y compris celles tendant à ce qu'il soit enjoint à l'autorité préfectorale de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

Le président-rapporteur La première conseillère,

Signé

Signé

J-C. TRUILHÉC. GROSSHOLZ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2506377/1-1

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