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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2507467

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2507467

mercredi 17 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2507467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantGRIOLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 20 février 2025 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, estimant que la délégation de signature était régulière. Il a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en appliquant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la décision de refus ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars 2025 et le 12 août 2025, M. C B, représenté par Me Griolet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2025 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- le refus d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'admission exceptionnelle au séjour peut être accordée au regard de motifs liés à la seule insertion professionnelle ;

- la décision est entachée d'une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2025, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Calladine,

- et les observations de Me Gressot substituant Me Griolet, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 15 décembre 1998, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 février 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué est signé par Mme Véronique de Matos, secrétaire administrative de classe exceptionnelle directement placée sous l'autorité de Mme A D, cheffe de la division de l'admission exceptionnelle au séjour et de l'actualisation des situations administratives et de voyage, qui bénéficiait d'une délégation du préfet de police à cet effet, en vertu d'un arrêté du 31 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et de fixant le pays de renvoi doivent être écartés comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

4. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police aurait exigé de M. B la démonstration de motifs exceptionnels relatifs à la fois à son insertion professionnelle en France, d'une part, et à ses liens privés et familiaux, d'autre part. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

5. M. B déclare être entré sur le territoire français en avril 2021 et justifie par le dossier cohérent de pièces nombreuses qu'il verse à l'instance qu'il y réside habituellement depuis au moins août 2021. Il exerce cumulativement deux activités professionnelles à temps partiel, d'une part et depuis janvier 2022, en qualité d'agent de propreté, activité pour laquelle il a été employé par la société ISS Facility services puis, à compter de janvier 2023, par la société Cleanset Paris, d'autre part, en qualité de valet de chambre depuis juin 2022 pour la société Sania Multiservices. Les avis d'imposition sur les revenus qu'il verse à l'instance attestent une progression des rémunérations de l'intéressé. Toutefois, l'ancienneté du séjour et l'ancienneté professionnelle de M. B sont de moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué et il ne justifie pas de qualifications particulières. En outre, si le requérant expose entretenir des relations étroites avec des membres de sa famille qui résident en France, en particulier avec un oncle qui l'héberge et ses cousins qui témoignent de ses efforts d'intégration, il est célibataire, sans charge de famille et possède des attaches familiales au Mali, notamment ses parents. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de police a pu estimer que sa situation ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels d'admission au séjour. Ainsi, en refusant à M. B la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

7. Au regard de la situation personnelle de M. B telle qu'exposée au point 5 du présent jugement et, en particulier de sa situation familiale, le préfet de police n'a pas, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été édictées. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont dès lors pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne lui accordant pas un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. M. B n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence. De même, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence.

9. Si le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 20 février 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent elles-mêmes qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Topin, présidente,

Mme Dousset, première conseillère,

Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2025.

La rapporteure,

Signé

A. CALLADINE

La présidente,

Signé

E. TOPIN La greffière,

Signé

V. FLUET

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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