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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2507610

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2507610

mardi 15 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2507610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantMATCHINDA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. A, ressortissant bangladais, contestant un arrêté préfectoral du 14 mars 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de douze mois. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation et de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité des décisions du préfet de police. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration, et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2025, M. D A, représenté par Me Matchinda, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 14 mars 2025 par lequel le préfet de police de Paris, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, d'autre part, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

-elles ont été prises par une autorité incompétente ;

-elles sont entachées d'un défaut de motivation et de l'absence d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

-elle méconnaît les objectifs de la directive " retour " ainsi que l'article L. 511-1 § II 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit tenant à ce que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

-elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

-elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

-elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

-elle est entachée d'une erreur de droit ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle et d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

-elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2025, et des pièces complémentaires enregistrées le 6 mai 2025, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 mai 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mai 2025 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, né le 15 juillet 1994 à Sunamganj (Bangladesh), est entré en France en décembre 2019, selon ses déclarations, pour y demander l'asile. Il a fait une première demande d'asile auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui lui a été refusée par une décision du 8 janvier 2021, notifiée le 10 février 2021. Ce refus a été confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une ordonnance du 22 juin 2021, notifiée le 5 juillet 2021.Le 14 mars 2025 le préfet de police de Paris prend à son encontre un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par cet présente requête, M. A demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00138 du 31 janvier 2025 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture le préfet de police a donné à Mme C B, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Pour l'application de ces dispositions, si la motivation de l'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

5. Les décisions attaquées comportent l'énoncé des textes dont elles font application, et notamment les articles L. 611-1 § 4°, L. 612-2, L. 721-4 et L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionnent avec suffisamment de précision les éléments de la situation personnelle de M. A sur lesquels elles sont fondées. En particulier, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois mentionne que l'intéressé, qui se déclare célibataire et sans enfant, ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 25 février 2022 prise par le préfet des Hauts-de-Seine à laquelle il s'est soustrait. En outre, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée ou des autres pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. A avant de prendre les décisions litigieuses ou se serait cru en situation de compétence liée pour prendre lesdites décisions, notamment la décision portant refus de délai de départ volontaire. Les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen sérieux et de l'erreur de droit tenant à ce que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée doivent donc être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. A soutient qu'il est entré en France en décembre 2019, qu'il y réside de manière ininterrompue, qu'il a occupé plusieurs emplois dans le domaine de la restauration sans pour autant fournir des pièces pour établir ces allégations. L'intéressé se déclare célibataire et sans enfant à charge sur le territoire français et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait noué des liens d'une particulière intensité depuis son arrivée en France. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des objectifs de la directive " retour ", ainsi que des dispositions de l'article L. 511-1 § II 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant abrogées depuis le 1er mai 2021, ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition de M. A du 13 mars 2025, que l'intéressé ne justifie d'aucun document d'identité ou de voyage, ni d'une adresse fixe en France. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de statuer sur la légalité du second motif de la décision attaquée tenant à ce que le requérant se serait soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 25 février 2022 prise par le préfet des Hauts-de-Seine, le préfet de police a pu, en application des dispositions précitées et sans commettre d'erreur de fait, refuser à M. A un délai de départ volontaire au motif qu'il existait un risque qu'il se soustraie à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, le moyen tiré de ce que la décision de refus de délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant n'est étayé par aucun élément et ne peut donc qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

14. Pour contester la décision fixant le pays de destination, M. A soutient qu'il encourt des risques de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Bangladesh, toutefois, il n'apporte pas, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et par la Cour nationale du droit d'asile, d'éléments concrets de nature à établir la réalité et l'actualité des risques auxquels il prétend être exposé en cas de retour au Bangladesh. Ses seuls propos ne peuvent pas suffirent à établir les risques personnels qu'il encourt en cas de retour au Bangladesh. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il ressort de ces dispositions que lorsqu'un délai de départ volontaire est refusé à l'étranger, une interdiction de retour est, sauf circonstances humanitaires, prononcée à son encontre.

17. En l'espèce, M. A, qui a fait l'objet d'un refus de délai de départ volontaire, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. Dans ces conditions, la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois n'est entachée d'aucune erreur de droit. Par ailleurs, comme développé au point 7 et pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant et de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de la vie privée et familiale doivent également être écartés.

18. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est en tout état de cause inopérant à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français, qui est dépourvue de lien avec la décision fixant le pays de renvoi, et ne peut ainsi qu'être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de M. A doivent être écartés.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au titre de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Matchinda et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2025.

Le président-rapporteurLa première conseillère,

Signé

Signé

J-C. TRUILHÉ C. GROSSHOLZ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2507610/1-1

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