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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2507702

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2507702

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2507702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantSARHANE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant bangladais, contestant les arrêtés du préfet des Hauts-de-Seine du 17 mars 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour de deux ans et l'assignant à résidence. Le tribunal a notamment écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de méconnaissance du droit d'être entendu, et a rejeté la demande de substitution de base légale sollicitée par le préfet. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A, y compris celles relatives à l'aide juridictionnelle provisoire et aux frais de justice. Les textes appliqués sont principalement le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme (CEDH).

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 mars et 11 avril 2025, M. B A, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 17 mars 2025 par lesquels le préfet des Hauts-de-Seine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation tout en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le principe du droit au maintien, ayant été prononcée sans production par le préfet des Hauts-de-Seine de la preuve de notification des décisions des organes de l'asile au requérant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, le principe du contradictoire ayant été méconnu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est dépourvue de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, son droit à l'information ayant été méconnu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés et sollicite une substitution de base légale des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 4° du même article pour la décision portant obligation de quitter le territoire, ainsi qu'une substitution de motif des dispositions du 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code à celles du 4° et 5° du même article pour la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

Par une ordonnance du 12 mai 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 8 mars 1984 à Dhaka, est entré en France entre 2012 et 2019 selon ses déclarations contradictoires issues du procès-verbal de son audition en date du 17 mars 2025 et de son mémoire complémentaire. Par la présente requête, il demande l'annulation des arrêtés du 17 mars 2025 par lesquels le préfet des Hauts-de-Seine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés en date du 17 mars 2025 :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : [] 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " [] Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ". Aux termes de l'article L. 542-2 du code susmentionné : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : [] 2° Lorsque le demandeur : [] b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; [] ". Enfin, aux termes des dispositions du 3° de l'article L. 531-32 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".

4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire français à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande, pour le cas où une telle décision est prise, lui soit notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé contre cette décision, jusqu'à la date de la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, d'autre part, qu'une première demande de réexamen de demande d'asile ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué.

5. En l'espèce, alors que le requérant produit une attestation de première délivrance de demande de réexamen de demande d'asile en date du 28 février 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de production de la fiche TelemOfpra par le préfet, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ait statué sur cette première demande de réexamen à la date de la décision du 17 mars 2025 portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, il y a lieu d'accueillir favorablement le moyen tiré de la violation des dispositions des articles L. 541-1 et L. 542.-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le principe du droit au maintien.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet des Hauts-de-Seine portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et portant assignation à résidence sont dépourvues de base légale et doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Le présent jugement implique que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. A. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la même date. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Sarhane en vertu de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et sous réserve que M. A soit définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 17 mars 2025 du préfet des Hauts-de-Seine sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la même date.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sarhane renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Etat versera à Me Sarhane, conseil de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Sarhane et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025.

Le président-rapporteur La première conseillère,

Signé

J-C. TRUILHÉC. GROSSHOLZ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2507702/1-1

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