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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2507719

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2507719

mardi 1 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2507719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantSARHANE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. C, ressortissant soudanais, contestant l'arrêté du préfet de police du 15 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, et l'erreur de droit au regard des articles L. 541-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la légalité de la mesure d'éloignement et de la fixation du pays de destination, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 mars 2025 et

17 avril 2025, M. A C, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la même somme à son propre profit en application du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient, que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par un auteur incompétent ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors que sa demande d'asile a fait l'objet d'une procédure de réexamen ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 mai 2025, la clôture d'instruction a été fixée au

21 mai 2025 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Truilhé.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de police a, par un arrêté du 15 novembre 2024, obligé M. C, ressortissant soudanais né le 2 mars 2004, entré en France le 5 août 2023 selon ses déclarations, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 4 avril 2024, notifiée le 24 avril 2024, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". En l'espèce, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait introduit une demande d'aide juridictionnelle, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01258 du 22 août 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme D B, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

5. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire vise les dispositions dont le préfet de police a fait application, et notamment l'article L. 611-1 § 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 dudit code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Et aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () / 2° Lorsque le demandeur : () / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; () ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. C a été prise le 15 novembre 2024, c'est-à-dire ultérieurement à la notification, le 24 avril 2024, de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 avril 2024, à l'encontre de laquelle le requérant n'a introduit aucun recours devant la Cour nationale du droit d'asile dans le délai d'un mois prévu à l'article

L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article L. 542-1 du même code, le requérant ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français prévu par l'article L. 541-1 dudit code à la date de la décision attaquée. La circonstance que M. C a introduit le 10 décembre 2024 auprès de l'OFPRA une demande de réexamen de sa demande d'asile est à cet égard sans incidence sur la légalité de ladite décision dès lors que l'introduction de cette demande de réexamen lui est postérieure. Dès lors, les moyens tirés du défaut d'examen effectif de la situation particulière du requérant, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent doit être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision attaquée fixant le pays à destination duquel M. C pourra être éloigné comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et vise l'article 3 de ladite convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ne résulte d'aucun texte, ni d'aucune règle ou d'aucun principe du droit national, et notamment pas des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui n'est pas applicable au présent litige, que la décision attaquée aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire.

11. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision portant fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, la méconnaissance des stipulations de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, sans verser aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

13. Pour contester la décision fixant le pays de destination, M. C invoque les risques de traitements inhumains et dégradants qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, d'une part, il n'établit ni même n'allègue être exposé au Soudan à des risques en considération de sa personne. D'autre part, s'il fait valoir qu'en sa qualité de civil originaire de la région soudanaise du Darfour du Sud, il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à la situation de violence généralisée, au sens de l'article L. 512-1 § 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à laquelle est notamment confrontée cette région dans le cadre du conflit armé interne en cours, il ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il serait originaire du Darfour du Sud et n'établit ni même n'allègue, dans le cadre de la présente instance, appartenir à une communauté ethnique soumise à une violence systémique au Soudan. Au demeurant, sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Il suit de là que ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées dans leur ensemble, de même que doivent l'être, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Sarhane et au préfet de police de Paris

Délibéré après l'audience du 17 juin 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Grossholz, première conseillère,

- Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2025

Le président-rapporteur,

Signé

J.-C. TRUILHE

La première conseillère,

Signé

C. GROSSHOLZ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police ou, le cas échéant, au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-1

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