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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2508229

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2508229

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2508229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET SALIGARI EL AMINE AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris annule le refus implicite du préfet de police de délivrer un titre de séjour à M. A..., ressortissant ivoirien. Le requérant, père d’une enfant mineure bénéficiaire de la protection subsidiaire, avait droit de plein droit à une carte de séjour pluriannuelle en application de l’article L. 424-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer ce titre dans un délai de deux mois et condamne l’État à verser 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2025, M. B... A..., représenté par Me Saligari, demande au tribunal :

d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;

d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation ;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Le requérant soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
- faute pour le préfet de police de justifier d’une délégation de signature régulière, elle est entachée du vice d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;


La procédure a été régulièrement communiquée au préfet de police qui n’a produit aucun mémoire.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Blusseau a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant ivoirien né le 17 janvier 1976, a présenté, le 6 août 2024, une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du 4° de l’article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du silence de l’administration sur cette demande, une décision implicite de rejet est née. M. A... demande au tribunal l’annulation de cette décision.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 424-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ", identique à la carte prévue à l'article L. 424-9 délivrée à l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, est délivrée à : (…) 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié (…) ». Aux termes de l’article R. 424-7 du même code : « Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. ». Et aux termes de l’article R. 432-1 de ce code : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a déposé une demande de titre de séjour en qualité de « membre de la famille d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire » le 6 août 2024. En vertu des dispositions précitées des articles R. 424-7 et R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet de police sur cette demande.

Il ressort également des pièces du dossier que M. A... est le père C..., née le 24 décembre 2018 et qui s’est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 novembre 2020. Dans ces conditions, M. A..., en sa qualité de parent de mineure non mariée bénéficiaire de la protection subsidiaire, doit se voir attribuer de plein droit la carte de séjour pluriannuelle prévue par les dispositions de l’article L. 424-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 4° de l’article L. 424-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision lui refusant la délivrance d’un titre de séjour.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Compte tenu du motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent délivre à M. A... un titre de séjour portant la mention « membre de la famille d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire ». Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer ce titre à M. A... dans un délai de deux mois compter de la notification du présent jugement.

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


La décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. A... un titre de séjour est annulée.
Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... un titre de séjour portant la mention « membre de la famille d’un bénéficiaire de la protection subsidiaire » dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
L’Etat versera la somme de 1 200 euros à M. A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.


Délibéré après l’audience du 24 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,
M. Camguilhem, premier conseiller,
M. Blusseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.


Le rapporteur,

A. Blusseau
Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

A. Gomez Barranco




La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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