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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2511118

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2511118

vendredi 23 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2511118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantDELOST

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A B, ressortissant afghan, qui contestait l'arrêté du préfet de police ordonnant son transfert aux autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile. Le requérant invoquait la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 (clause discrétionnaire) et des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en raison de la présence de son frère en France et de craintes en cas de retour en Afghanistan. Le tribunal a jugé que l'intéressé n'apportait pas la preuve de défaillances systémiques en Allemagne ni d'un risque de traitements inhumains ou dégradants, et que la seule présence d'un frère ne suffisait pas à justifier l'application de la clause discrétionnaire. La solution retenue est fondée sur le règlement (UE) n° 604/2013 et la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2025, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 15avril 2025, par lequel le Préfet de police a décidé son transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme car il a un frère en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Vu l'arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- La charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- Le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- Le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- Le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code des relations entre le public et l'administration ;

- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- Le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme Hnatkiw, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 16 mai 2025 :

- le rapport de Mme Hnatkiw ;

- les observations de Me Delost, représentant M. B;

- les observations de Mme C, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 avril 2025 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités allemandes.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

3. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

4. M. B fait état de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il n'est pas justifié que le transfert de M. B vers l'Allemagne impliquerait nécessairement son renvoi en Afghanistan sans qu'il puisse contester la mesure. Il a d'ailleurs déjà été transféré deux fois en Allemagne, sans se soucier de l'examen de la demande d'asile qu'il y a déposée le 9 avril 2024. Par ailleurs, en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe en Allemagne des défaillances systémiques dans le traitement des demandeurs d'asile et alors que l'intéressé ne fait état d'aucun élément particulier susceptible d'établir qu'il serait soumis en Allemagne à des traitements inhumains ou dégradants, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article 9 du règlement n° 604/2003: " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ". Aux termes de l'article 2 de ce règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable (), / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national, / - lorsque le demandeur est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du demandeur (), / - lorsque le bénéficiaire d'une protection internationale est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du bénéficiaire de par le droit ou la pratique de l'État membre dans lequel le bénéficiaire se trouve () ".

6. Si M. B se prévaut de la présence en France de son frère, sans établir le lien de filiation d'ailleurs, celui-ci ne peut être regardé comme un membre de sa famille au sens et pour l'application des dispositions précitées des articles 2 et 9 du règlement du 26 juin 2013. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions susrappelées en décidant son transfert aux autorités allemandes.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 16 avril 2025.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au Préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. HNATKIWLa greffière

signé

N. TABANI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2511118/8

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