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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2511637

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2511637

mercredi 8 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2511637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantAHMAD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B..., ressortissant ivoirien, qui contestait un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination (Côte d'Ivoire) et prononçant une interdiction de retour de douze mois. Le tribunal écarte le moyen d'incompétence du signataire, qui bénéficiait d'une délégation régulière, et constate que l'intéressé, entré irrégulièrement et sans titre de séjour, relevait du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Il juge également que M. B... n'établit pas de risques personnels en cas de retour en Côte d'Ivoire, de sorte que la décision fixant le pays de destination ne méconnaît ni l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme ni les articles L. 521-1 et L. 721-4 du CESEDA. Enfin, l'interdiction de retour n'étant pas fondée sur une obligation de quitter le territoire illégale, le recours est rejeté dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2025, M. D... B..., représenté par Me Ahmad, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 20 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de douze mois.


Il soutient que :
- l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 521-1 et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.


La requête de M. B... a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 20 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 8 juillet 2025 à 12h00.
Par une décision du 21 mars 2025 du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judicaire de Paris, M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. d’Haëm.


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant ivoirien, né le 1er janvier 1991 et entré en France, selon ses déclarations, en 2023, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 20 décembre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée douze mois.

2. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. A... C..., attaché d’administration de l’Etat et chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d’éloignement, qui disposait d’une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté n° 2024-4161 du 25 novembre 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étranges et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (…) ».

4. Il ressort des pièces du dossier et il n’est d’ailleurs pas contesté que M. B... ne peut justifier être entré régulièrement en France et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le cas où, en application des dispositions du 1° de l’article L. 611-1 cité ci-dessus, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait légalement l’obliger à quitter le territoire français.

5. En troisième lieu, si M. B... invoque les dispositions de l’article L. 521-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, relatives à l’enregistrement d’une demande d’asile, il reconnaît lui-même qu’à la date de l’arrêté attaqué, ni même postérieurement, il n’a pas présenté de demande d’asile. Par suite et en tout état de cause, le moyen tiré d’une méconnaissance des dispositions de cet article L. 521-2 ne peut qu’être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ». Aux termes des stipulations de cet article 3 : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

7. M. B... n’apporte aucune précision, ni aucun élément permettant de considérer qu’il encourrait dans le cas d’un retour dans son pays d’origine, de manière suffisamment personnelle, certaine et actuelle, des menaces quant à sa vie ou sa personne ou des traitements prohibés par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, en décidant que l’intéressé pourra être éloigné d’office à destination de la Côte d’Ivoire, le préfet de la Seine-Saint-Denis n’a pas méconnu les stipulations et les dispositions citées ci-dessus.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire, ne peut qu’être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées.




D E C I D E :




Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l’audience du 23 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. d’Haëm, président,
- M. Martin-Genier, premier conseiller ;
- Mme Roussier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2025.


Le président-rapporteur,
Signé
R. d’HAËM
L’assesseur le plus ancien,
Signé
P. MARTIN-GENIER

La greffière,

Signé


N. DUPOUY


La République demande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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