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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2512453

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2512453

jeudi 23 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2512453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, saisi par M. A..., ressortissant libérien, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral du 13 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français, a rejeté sa requête. Le tribunal a écarté le moyen d’incompétence de l’auteur de l’acte, la délégation de signature étant régulière, et a jugé la décision suffisamment motivée en droit et en fait. Il a également estimé que la mesure ne méconnaissait pas les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, ni les articles 2 et 3 de cette même convention, et qu’elle n’était pas entachée d’erreur d’appréciation. La solution retenue est fondée sur les articles L. 611-1, L. 613-1 et L. 542-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2025, M. D... A..., représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) d’être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du préfet de police du 13 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, renonçant dans ce cas à percevoir l’indemnité allouée au titre de l’aide juridictionnelle, en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d’une erreur d’appréciation tirée de l’absence de manœuvre dilatoire visant à faire échec à une mesure d’éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par une ordonnance du 10 septembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 25 septembre 2025 à 12 heures.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Salzmann,
- et les observations de Me Kalifa, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant libérien, né le 17 janvier 1988, déclare être entré en France le 3 mai 2016. Par une décision du 27 février 2017, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d’asile. La Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a rejeté son recours formé à l’encontre de cette décision le 27 novembre 2017. En outre, M. A... a introduit une demande de réexamen de sa demande d’asile auprès de l’OFPRA qui l’a rejetée comme irrecevable par une décision du 26 août 2024. Enfin, M. A... a introduit une deuxième demande de réexamen qui a également été rejetée comme irrecevable par l’OFPRA le 27 décembre 2024. Par un arrêté du 13 janvier 2025, le préfet de police a obligé M. A... à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de ces décisions.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2025. Il n’y a plus lieu, par suite, de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen soulevé à l’encontre de l’ensemble des décisions contestées :

Par un arrêté n° 2025-00062 du 13 janvier 2025 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de police a donné à Mme C... B..., attachée d’administration hors classe de l’État, adjointe au chef du bureau de l’accueil de la demande d’asile, délégation à l’effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d’absence ou d’empêchement d’autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elles n’ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l’arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».

Il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’article L. 542-2 de ce code, ainsi que les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A..., en particulier ses nom et prénom, sa date et son lieu de naissance, sa nationalité, sa date déclarée d’entrée en France, la circonstance que sa demande de réexamen de sa demande d’asile a été déclarée irrecevable par l’OFPRA par une décision du 26 août 2024 et qu’il n’est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le préfet de police, qui n’avait pas à faire état de tous les éléments relatifs à la situation de M. A..., a suffisamment motivé sa décision portant obligation de quitter le territoire français. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier un défaut d’examen de sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme infondés.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

En l’espèce, si M. A... se prévaut de sa résidence habituelle en France depuis l’année 2016, il n’apporte aucun élément pour en attester avant l’année 2021. En outre, la seule circonstance qu’il exerce une activité professionnelle, d’abord en qualité de réceptionnaire pour la société « SID » en mars 2021, puis en qualité de chauffeur livreur pour la société « ABP Transport » en contrat à durée indéterminée depuis janvier 2023, ne saurait suffire à justifier que M. A... aurait le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. S’il produit au dossier des témoignages d’amis, ceux-ci ne suffisent pas non plus à démontrer qu’il aurait des liens particulièrement ancrés en France, alors qu’il n’établit pas et n’allègue au demeurant pas, par ailleurs, être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le préfet de police n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale au regard du but poursuivi en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en l’obligeant à quitter le territoire français. Ce moyen doit donc être écarté comme infondé.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 (…) ». Aux termes de l’article L. 542-2 de ce code : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : (…) 2° Lorsque le demandeur : (…) b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen (…) ». Aux termes de l’article L. 531-32 du même code : « L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : (…) 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 531-42 de ce code : « (…) Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité ».

Il ressort des pièces du dossier que pour obliger M. A... à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 611-1, le préfet de police, après avoir visé les dispositions de l’article L. 531-42 du même code, a tiré de la décision de rejet de l’OFPRA du 26 août 2024 prise sur le fondement des dispositions du 3° de l’article L. 531-32, qui renvoient elles-mêmes à l’article L. 531-42 dudit code, que cette demande de réexamen avait été déposée uniquement en vue de faire échec à une décision d’éloignement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la demande de réexamen de M. A... a été introduite avant l’intervention de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige. Cependant, le motif tiré du caractère dilatoire de cette demande, certes erroné, est sans incidence sur la légalité de la mesure d’éloignement dès lors que le préfet de police s’est également fondé sur le motif, suffisant en l’espèce, tiré de ce que les éléments présentés par M. A... à l’OFPRA n’augmentent pas de manière significative la probabilité qu’il justifie des conditions requises pour prétendre à une protection. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier et en particulier de la fiche « TelemOFPRA » produite en défense, dont les mentions font foi jusqu’à preuve du contraire, que M. A... a introduit une nouvelle demande de réexamen le 19 décembre 2024 après le rejet définitif de la première de sorte qu’il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de la décision contestée du 13 janvier 2025 en application des dispositions précitées de l’article L. 542-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation tirée de l’absence de manœuvre dilatoire visant à faire échec à une mesure d’éloignement ne peut qu’être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la nationalité de M. A..., la circonstance que l’OFPRA a déclaré sa demande de réexamen de sa demande d’asile irrecevable par décision du 26 août 2024, qu’il n’est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à sa vie privée et familiale et qu’il n’établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le préfet de police, qui n’avait pas à faire état de tous les éléments relatifs à la situation de M. A..., a suffisamment motivé sa décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné et ne l’a pas entachée d’un défaut d’examen de sa situation. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme infondés.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi (…) ». Aux termes de l’article 3 de ladite convention : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

En l’espèce, si M. A... soutient qu’il serait exposé à un risque réel de persécutions, de mort ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Libéria, il n’assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu’être écarté.

En troisième lieu et ainsi qu’il a été dit au point 7 du présent jugement, M. A... ne justifie pas d’un ancrage particulièrement profond sur le territoire français, ni n’allègue être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le préfet de police n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Dès lors, le moyen doit être écarté comme infondé.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d’injonction, d’astreinte et celles relatives aux frais d’instance.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a plus lieu d’admettre M. A..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.



Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A..., Me Pafundi et au préfet de police.


Délibéré après l’audience du 9 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,
- M. Schaeffer, Premier conseiller,
- M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2025.


La présidente-rapporteure,
M. Salzmann
L’assesseur le plus ancien,
G. Schaeffer

La greffière,



P. Tardy-Panit


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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