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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2512523

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2512523

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2512523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en formation collégiale, a examiné les recours de M. B..., ressortissant marocain, contre le refus de titre de séjour du préfet de police (7 avril 2025) et les décisions d’éloignement du préfet des Hauts-de-Seine (26 août 2025). Le tribunal a rejeté l’ensemble des requêtes, considérant que les moyens soulevés, notamment l’insuffisance de motivation, l’erreur de fait, la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, et l’erreur manifeste d’appréciation, n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions administratives contestées, en application de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 9 mai 2025 sous le numéro 2512523, M. B..., représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 7 avril 2025 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’erreur de fait, en ce que le préfet de police a estimé qu’il ne justifiait pas d’une activité salariée ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation quant à sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 7 juillet 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 30 septembre 2025.


II. Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2025 sous le numéro 2527966, M. B..., représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 26 août 2025 du préfet des Hauts-de-Seine portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation ;
- elle a été édictée en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée à tout le moins d’erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire, enregistré le 31 octobre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il demande une substitution de motif quant au fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire et soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 17 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d’emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- l’arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l’emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d’un Etat membre de l’Union européenne, d’un autre Etat partie à l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Jehl a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant marocain né le 2 janvier 2000 est entré en France le 22 janvier 2020 selon ses déclarations. Le 13 janvier 2025, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « salarié » sur le fondement de l’article 3 de l’accord franco-marocain et son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par une décision du 7 avril 2025, le préfet de police a rejeté sa demande. Par une décision du 26 août 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a édicté à l’encontre de M. A... une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

2. Par deux requêtes distinctes, M. A... demande, d’une part, l’annulation de la décision du préfet de police du 7 avril 2025 portant rejet de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, et d’autre part l’annulation des décisions du préfet des Hauts-de-Seine du 26 août 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 2512523 et 2527966, présentées par M. A..., concernent la situation du même requérant et présentent à juger des questions connexes. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les moyens de la requête no 2512523 :

4. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police » et aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

5. En l’espèce, la décision portant refus de titre de séjour vise les articles des textes dont elle fait application, notamment de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle rappelle l’état civil de l’intéressé et les conditions de son entrée en France tels qu’il les a présentés, son parcours administratif et les éléments relatifs à sa vie professionnelle, privée et familiale en France et dans son pays d’origine. Elle est donc suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de sa motivation, ni d’aucune pièce du dossier, que le préfet de police n’aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A... avant d’édicter la décision attaquée. À cet égard, la seule circonstance que le préfet de police, qui n’était pas tenu de faire état de la totalité des pièces du dossier du requérant, mentionne que celui-ci n’établit pas exercer une activité salariée alors que le requérant allègue pour sa part, sans toutefois le démontrer, avoir fourni des bulletins de paie, ne saurait suffire à établir que l’édiction de la décision attaquée n’a pas été précédée d’un examen de sa situation.

7. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l’article 9 de l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d’emploi du 9 octobre 1987 : « Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’accord » et aux termes de l’article 3 du même accord : « Les ressortissants marocains désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d’usage et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles (…) ». D’autre part, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 ». Ces dispositions sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 au soutien d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national. Les stipulations de cet accord n’interdisent toutefois pas au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation de la situation d’un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonné l’octroi de plein droit d’un titre de séjour en qualité de salarié.

8. Si M. A... se prévaut de sa présence en France depuis l’année 2020 et de l’exercice d’une activité professionnelle de mars à août 2022, puis depuis 2023, ni ces circonstances, ni aucune pièce du dossier, ne permettent d’établir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d’appréciation quant à la situation du requérant avant d’édicter la décision attaquée.

9. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de police a estimé que M. A... n’apportait pas la preuve, d’une part, de l’exercice d’un métier en tension, et d’autre part, d’une activité salariée autre qu’un métier en tension. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier du contrat à durée indéterminée à temps partiel du 23 mars 2022, de son avenant du 1er novembre 2024 portant passage à temps plein et des bulletins de salaire que M. A... occupait, à la date de la décision attaquée, l’emploi d’employé boucher, qui figurait par ailleurs sur la liste des métiers dits « en tension » de l’arrêté du 1er avril 2021 visé ci-dessus.

10. Si ces circonstances sont de nature à caractériser une erreur de fait de la décision attaquée, il ressort des termes mêmes de cette décision que le préfet de police s’est fondé sur la circonstance que M. A... ne disposait pas d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes pour lui refuser la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « salarié » sur le fondement des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-marocain, et de l’absence de considération humanitaire ou de motif exceptionnel pour lui refuser la délivrance d’un même titre dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Ainsi, en tout état de cause, le préfet de police aurait pris la même décision s’il ne s’était pas fondé sur les motifs incorrects que M. A... n’apportait pas la preuve de l’exercice d’un métier en tension ni d’une activité salariée autre qu’un métier en tension. Le moyen tiré de l’erreur de fait doit donc être écarté.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». En l’espèce, il n’est pas contesté que M. A... est célibataire et sans enfant en France, alors qu’il n’est pas dépourvu d’attaches à l’étranger où résident ses parents et sa sœur, et où il a vécu la majorité de son existence. Il ne fait état d’aucun lien d’une intensité ou d’une ancienneté particulière sur le territoire français, notamment pas par la simple production de bulletins de salaire. Dans ces conditions, il n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête no 2512523 présentée par M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les moyens de la requête no 2527966 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».

14. En l’espèce, la décision attaquée vise les articles des textes dont elle fait application, rappelle l’état civil de l’intéressé, les conditions de son entrée en Franc, son parcours administratif et les éléments relatifs à sa vie professionnelle, privée et familiale en France et dans son pays d’origine. Elle fait également état de ce qu’aucune circonstance particulière ne justifie de son maintien sur le territoire français après le refus de sa demande de titre de séjour. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d’aucune pièce du dossier, que le préfet des Hauts-de-Seine n’aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A... avant de l’édicter. À cet égard, le préfet des Hauts-de-Seine n’était pas tenu de mentionner dans le détail l’expérience professionnelle de M. A..., ni le recours formé par celui-ci devant le tribunal à l’encontre de la décision du 7 avril 2025, recours dans lequel le préfet des Hauts-de-Seine n’est au demeurant pas défendeur. Le moyen tiré du défaut d’examen doit donc être écarté.

16. En troisième lieu, le droit d’être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l’une des composantes du droit de la défense, tel qu’il est énoncé notamment au 2 de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l’Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l’autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l’ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

17. En l’espèce, d’autre part, le requérant ne pouvait ignorer qu’il était susceptible de faire l’objet d’une telle mesure, dès lors qu’il s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après que sa demande de titre de séjour a été rejetée, et dès lors qu’il lui a été demandé, au cours de son audition, le 26 août 2025, s’il entendait se conformer à une obligation de quitter le territoire français si une telle décision devait être prise à son encontre. Par ailleurs, il n’établit, ni même n’allègue, avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêché de s’exprimer avant que ne soit prise la décision attaquée. Le moyen tiré de la violation du droit d’être entendu doit être écarté.

18. En quatrième lieu, le requérant ne justifie pas d’une ancienneté de séjour particulièrement importante ni d’une intégration sociale notable et s’il se prévaut de l’exercice d’un métier en tension, cette circonstance ne saurait suffire à établir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

19. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales soit être écarté pour les mêmes raisons que celles présentées au point 11 ci-dessus.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

20. En premier lieu, aux termes du 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet », et aux termes de l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 2° L’étranger s’est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s’il n’est pas soumis à l’obligation du visa, à l’expiration d’un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; (…) 4° L’étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L’étranger s’est soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement ; (…) 8° L’étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu’il ne peut présenter des documents d’identité ou de voyage en cours de validité (…) qu’il ne justifie pas d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».

21. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet des Hauts-de-Seine s’est fondé sur les 2°, 4° et 5° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour prendre la décision attaquée. Ainsi que M. A... le fait valoir, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait légalement se fonder sur le 5°, la décision du préfet de police du 7 avril 2025 ayant seulement eu pour effet de lui refuser la délivrance d’un titre de séjour, sans être assortie d’une obligation de quitter le territoire français.

22. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de l’audition du requérant du 26 août 2025, que celui-ci s’est maintenu irrégulièrement sur le sol français, qu’il a déclaré reconnaître être présent en France en situation irrégulière, souhaiter rester sur le territoire français, et avoir intention de « faire appel de la décision de la préfecture » s’il se voyait notifier une obligation de quitter le territoire français. Dans ces circonstances, il doit être regardé comme ayant déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Au surplus, et ainsi que le fait valoir le préfet dans ses écritures, il ne peut justifier disposer d’un domicile au sens des dispositions du 8° de l’article précité. Ainsi, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait valablement se fonder sur de tels motifs pour refuser le délai de départ volontaire à l’intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

23. En second lieu, le requérant se prévaut des mêmes circonstances que celles présentées au point 8 ci-dessus. Il fait également valoir que sa propre identité et celle de son employeur sont établies, qu’il avait sollicité la délivrance d’un titre de séjour le 13 janvier 2025 et qu’il ne s’est jamais soustrait à l’exécution d’une mesure d’éloignement. Toutefois, aucune de ces circonstances n’est de nature à établir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur manifeste d’appréciation quant à sa situation personnelle avant d’édicter la décision attaquée.



En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les décisions (…) d’interdiction de retour (…) sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ». En l’espèce, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise les articles des textes dont elle fait application, fait état de ce qu’aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé, et de ce que dans ce cas, l’administration peut assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Elle est donc suffisamment motivée.

25. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour (…) ». En l’espèce, M. A... ne fait valoir aucune circonstance humanitaire qui aurait pu justifier que préfet des Hauts-de-Seine n’édicte pas la décision attaquée, et une telle circonstance ne ressort pas de pièces du dossier. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc être écarté.

26. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ». Le requérant se prévaut de son intégration professionnelle, de la circonstance qu’il exerce un métier en tension et qu’il ne présente pas de trouble à l’ordre public. En l’espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard de la durée de présence en France de l’intéressé, de l’intensité de ses liens en France, celui-ci étant notamment célibataire et sans enfant et n’étant pas dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine, que la décision attaquée fixant à deux ans la durée d’interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d’une erreur d’appréciation au regard de ces dispositions.

27. En quatrième et dernier lieu, les circonstances invoquées par le requérant relatives à son ancienneté et insertion professionnelle ne sont pas davantage de nature à faire regarder la décision du préfet des Hauts-de-Seine comme entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

28. Il résulte de tout ce qui précède que la requête no 2527966 présentée par M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D E C I D E :



Article 1er : Les requêtes nos 2512523 et 2527966 présentées par M. A... sont rejetées.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B..., au préfet de police et au préfet des Hauts-de-Seine.


Délibéré après l’audience du 27 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,
M. Schaeffer, premier conseiller,
M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.


Le rapporteur,
F. JEHL
La présidente,
M. SALZMANN

La greffière,



P. TARDY-PANIT


La République mande et ordonne au préfet de police et au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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