Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. A..., ressortissant afghan, qui contestait un arrêté du préfet de police du 14 janvier 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal écarte les moyens soulevés, estimant que l'arrêté est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Il juge que la décision d'éloignement ne méconnaît pas les articles L. 611-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la demande de réexamen de la protection internationale de M. A... avait été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas illégale, l'intéressé n'établissant pas de risques personnels et actuels en cas de retour en Afghanistan au sens de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Ben Mansour, demande au tribunal :
1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 janvier 2025 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen de sa situation particulière ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l’article L. 542-1 du même code ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Maréchal a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant afghan né le 9 mars 1988, déclare être entré en France le 23 janvier 2023. Il a sollicité, le 16 octobre 2023, une demande de protection internationale, qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) les 16 avril 2024 et 18 novembre 2024. Le 20 décembre 2024, il a sollicité le réexamen de sa demande, qui a été rejeté par l’OFPRA le 26 décembre 2024. Par un arrêté du 14 janvier 2025, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Si M. A... sollicite son admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle, il n’a toutefois pas présenté de demande d’admission définitive à cette aide auprès du bureau d’aide juridictionnelle, ni même au sein de sa requête. En l’absence d’une telle demande, M. A... ne saurait être admis provisoirement. Sa demande doit dès lors être rejetée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. En premier lieu, l’arrêté mentionne l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cet arrêté doit dès lors être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l’arrêté attaqué, que le préfet de police, qui s’est appuyé sur les décisions rendues par l’OFPRA et par la CNDA et qui a lui-même examiné la situation de l’intéressé au regard de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. A.... Ce moyen doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / (…) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (…) ». L’article L. 542-1 du même code dispose que : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision (…) ». L’article L. 542-2 de ce code énonce que : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; (…) / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ». Enfin, l’article L. 531-32 précise que : « L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / (…) 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ».
6. D’une part, la demande de réexamen présentée par M. A... à la suite du rejet de sa première demande par l’OFPRA et par la CNDA ayant été rejetée comme irrecevable en l’absence de faits ou d’éléments nouveaux, il entrait dans le champ des dispositions citées au point précédent et ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. D’autre part, si ces dispositions s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A... se borne, en dépit de ce qu’a déjà jugé la CNDA, à se prévaloir de considérations générales sur la situation en Afghanistan, sans apporter le moindre élément personnalisé le concernant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
7. En quatrième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégale, le moyen tiré de l’illégalité de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence doit être écarté.
8. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté qu’il attaque.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d’annulation présentées par le requérant, n’appelle, par lui-même, aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’Etat qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.
Délibéré après l’audience du 18 décembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
M. Maréchal, premier conseiller,
M. Tanzarella Hartmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026.
Le rapporteur,
M. MaréchalLe président,
S. DavesneLa greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.