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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2513908

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2513908

lundi 9 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2513908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantWISSAAD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par M. B, ressortissant pakistanais, afin d'obtenir un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour "vie privée et familiale" (article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile). Le juge a constaté que le site de la préfecture ne permettait pas à l'intéressé de déposer sa demande en raison d'un dysfonctionnement technique, et que cette situation créait une urgence justifiant une intervention. Il a donc enjoint au préfet de police de convoquer M. B sous huit jours pour enregistrer sa demande et lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. La décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mai et 5 juin 2025, M. A B, représenté par Me Wissad, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de prendre toute mesure pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui fixer un rendez-vous en vue d'enregistrer sa demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son avocate en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la mesure demandée est utile ;

- la demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que le requérant s'est placé lui-même dans la situation d'urgence dont il se prévaut.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Broussillon, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit être donné. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. M. B, ressortissant pakistanais né le 11 juin 2005, est arrivé en France étant mineur le 22 octobre 2022 muni d'un visa de court séjour de type C valable du 18 octobre 2022 au 13 décembre 2022. M. B réside chez ses parents français et il est le benjamin d'une fratrie de quatre enfants dont ses trois sœurs sont ressortissantes françaises. Si le préfet de police fait valoir que ce n'est que le 17 février 2025 que M. B a entrepris de régulariser sa situation, il résulte de l'instruction que le 15 février 2024, à ses 18 ans, l'intéressé a saisi le tribunal judiciaire de Paris pour obtenir la nationalité française, sans qu'une décision soit intervenue à la date de la présente ordonnance. Parallèlement, M. B a entrepris de solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait valoir qu'il n'a cependant pas pu procéder au dépôt d'une demande sur le site de la préfecture de police qui ne comporte pas de rubrique correspondant à sa situation dès lors qu'il est demandé un visa de long séjour pour l'octroi de ce titre de séjour, ce que ne conteste pas sérieusement le préfet de police en défense. Dans ces conditions, le 17 février 2025, M. B a déposé une pré-demande de titre de séjour sur le site de l'Administration numérique des étrangers en France (l'ANEF) en qualité de membre de la famille d'un citoyen européen. Le 11 mars 2025, par l'intermédiaire de son conseil, le requérant a informé le préfet de police des difficultés rencontrées pour déposer une demande au titre des dispositions de l'article L. 423-23 précité et sollicité un rendez-vous pour faire enregistrer sa demande de titre de séjour. M. B indique que lors du rendez-vous du 31 mars 2025 qui lui a été accordé, il lui a été indiqué qu'un numéro lui serait attribué pour déposer sa demande sur l'ANEF. Toutefois le 15 mai 2035, la demande de titre de séjour déposée le 17 février précédant a été clôturée au motif qu'elle n'était pas présentée sur le bon fondement, ce que ne conteste pas le requérant qui sollicite un titre de séjour dans le cadre de l'article L. 423-23 susmentionné sans y parvenir pour les raisons sus exposées. Par les pièces qu'il produit, M. B démontre les dysfonctionnements allégués. Par ailleurs, M. B justifie de l'impossibilité d'avoir pu réaliser son stage prévu à partir du 26 mai 2025 et qui s'inscrivait dans le cadre de ses études. Dans ces conditions, et alors que par plusieurs courriels des 17 mars et 15 mai 2025, M. B a informé la préfecture de police et l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) de l'obstacle qu'il rencontre pour procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour au titre de l'article L. 423-23 susmentionné en raison de la détention d'un visa de court séjour et non d'un visa de long séjour, il doit être regardé comme démontrant l'urgence particulière de sa situation et l'utilité attachées à la mesure qu'il demande. Enfin, celle-ci ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout autre autorité préfectorale territorialement compétente, de fixer un rendez-vous à M. B, afin de lui permettre de déposer une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer un récépissé à l'issue du dépôt de sa demande, sous réserve de la complétude de son dossier, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il résulte du point 2 que M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Wissaad, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Wissaad de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre autorité préfectorale territorialement compétente, de convoquer M. B, afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer un récépissé à l'issue du dépôt, sous réserve de la complétude de son dossier, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que MeWissaad renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Wissaad, avocate de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la somme de 800 euros lui sera versée.

Article 4 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Wissaad.

Copie en sera adressée au préfet de police et au bureau de l'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 9 juin 2025.

Le juge des référés,

Signé

M. BROUSSILLON

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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