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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2515672

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2515672

vendredi 13 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2515672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantVERNON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B, un ressortissant burundais, qui contestait le refus du ministre de l'intérieur de l'admettre sur le territoire français au titre de l'asile. Le tribunal a estimé que la demande d'asile était manifestement infondée, car le récit du requérant était dépourvu d'éléments circonstanciés et manquait de crédibilité. La décision s'appuie sur l'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet de refuser l'entrée à un étranger dont la demande d'asile est manifestement infondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2025, M. A B, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Roissy, demande au tribunal d'annuler la décision du 3 juin 2025 par laquelle le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire français au titre de l'asile.

Il soutient que :

-la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;

-la décision est entachée d'une violation des article 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et 33 de la Convention de Genève sur les réfugiés ;

-la décision est entachée d'une violation du principe de non-refoulement ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

-la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- l'ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Banoukepa, représentant M. B, assisté d'un interprète en kirundi,

- et les observations de Me Barberi, représentant le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant burundais né le 20 août 1998, demande au tribunal d'annuler la décision du 3 juin 2025 par laquelle le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile.

2. L'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise par le ministre chargé de l'immigration que si : () / 3° Ou la demande d'asile est manifestement infondée. Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. / (), la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au chapitre III du titre II du livre VII. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 723-6, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article L. 723-6. () ". Aux termes de l'article R. 213-2 du même code : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. () ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

4. M. B, de nationalité burundaise et appartenant à la communauté tutsi, fait valoir qu'il a été pris en charge par son oncle vivant au Canada opposant au gouvernement lorsque son père est décédé en 2003. Son oncle est incarcéré lors de son retour au Burundi mais réussit à s'échapper en 2009. Le frère de M. B accusé d'avoir participé à la fuite de leur oncle est incarcéré et sa grand-mère est assassinée en représailles. Il est lui-même blessé et craignant pour sa sécurité, il quitte le pays. Toutefois, le récit de l'intéressé est dénué de tout élément circonstancié. Il est très vague sur l'engagement politique de son oncle, les raisons de son retour au Burundi et les circonstances de sa fuite, les modalités de sa vie quotidienne après le départ de son oncle pendant quinze ans, les circonstances également de l'arrestation de son frère et de l'assassinat de sa grand-mère. Il ne décrit pas les raisons pour lesquels il serait lui-même visé par des actes de représailles ni pourquoi il aurait été lui-même été agressé peu avant son départ. Dans ces conditions, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, qui a refusé l'entrée sur le territoire au titre de l'asile, n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation.

5. Compte tenu du motif retenu au point précédent, le moyen tiré de la vulnérabilité alléguée du requérant et de la méconnaissance de l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non-refoulement, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Décision rendue le 13 juin 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

P. CLa greffière,

Signé

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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