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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2516111

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2516111

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2516111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS (SARL)

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris rejette la requête de M. B..., ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 19 mai 2025 refusant son admission au séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal écarte l'ensemble des moyens soulevés, estimant que l'arrêté est signé par une autorité compétente, suffisamment motivé et exempt de défaut d'examen. Il juge que le refus de séjour ne méconnaît ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni l'accord franco-algérien, et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. La décision est fondée sur les stipulations de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2025, M. A... B..., représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 mai 2025 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande d’admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) d’enjoindre au préfet de police, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil, en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui verser directement dans le cas où l’aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle et est insuffisamment motivé ;
il est entaché d’une inexactitude matérielle des faits et d’une erreur de droit ;
il méconnaît l’article 6 5) de l’accord franco-algérien ;
il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2025, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B... ne sont pas fondés.


Par une décision du 28 octobre 2025, M. B... a été admis à l’aide juridictionnelle totale.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968,
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
le code des relations entre le public et l’administration,
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
l’arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement en application de l'article L. 414-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Marzoug a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien né le 14 novembre 1987, soutient être entré en France le 16 avril 2016. Il a présenté le 12 décembre 2023 une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 19 mai 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00492 du 25 avril 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à la signataire de l’arrêté attaqué, Mme D... C..., pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, lesquelles comportent la police des étrangers, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lorsqu’elle a signé l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise notamment l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, les dispositions du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s’est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B... et lui faire obligation de quitter le territoire français, la mesure d’éloignement n’ayant pas à faire l’objet d’une motivation spécifique dès lors que, comme c’est le cas en l’espèce, le refus de séjour est suffisamment motivé. Il comporte ainsi l’ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et est suffisamment motivé.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de l’arrêté attaqué, que le préfet de police n’aurait pas procédé à un examen sérieux de la demande présentée par l’intéressé avant de lui opposer un refus de séjour et de lui faire obligation de quitter le territoire français. En particulier, si M. B... fait valoir que le préfet de police n’a pas statué sur sa demande de titre de séjour au regard de l’article 6 5) de l’accord franco-algérien, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que le requérant aurait formulé une demande sur le fondement de ces stipulations. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen sérieux dont serait entaché l’arrêté attaqué ne peut qu’être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».

Il résulte des stipulations de l’accord franco-algérien que les ressortissants algériens souhaitant obtenir un titre de séjour ne peuvent se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien régissant de manière exclusive leur situation. Toutefois, les stipulations de cet accord n’interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

En l’espèce, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de police a fait usage de son pouvoir général de régularisation avant de rejeter la demande de titre de séjour de M. B... au motif que sa situation personnelle ne constitue pas un motif exceptionnel de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. D’une part, si M. B... se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français depuis le 16 avril 2016, non seulement il n’établit pas le caractère habituel de sa présence en France depuis cette date, mais encore l’ancienneté du séjour ne constitue pas, à elle seule, un motif exceptionnel d’admission au séjour. D’autre part, si M. B... se prévaut d’une activité professionnelle quasiment ininterrompue sur la période 2018-2024 et soutient que le préfet de police a fondé « son analyse sur une présentation factuellement inexacte et dépréciée de [son] intégration professionnelle », il ressort des pièces du dossier, et notamment des bulletins de paie produits par le requérant, que ce dernier n’a exercé que des missions d’intérim allant de quelques jours à un mois sur la période en cause et ce, de manière discontinue. Par ailleurs, M. B... ne peut utilement se prévaloir de l’arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement en application de l'article L. 414-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que celui-ci est postérieur à l’arrêté attaqué. Enfin, M. B... est célibataire et sans charge de famille en France et il n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où résident ses parents et sa fratrie. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire.

En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».

M. B..., qui est célibataire et sans charge de famille en France, se borne à invoquer l’ancienneté de son séjour sur le territoire français et une insertion professionnelle, qui, ainsi qu’il a été dit, ne présente pas de caractère particulièrement significatif. Il n’est, par suite, pas fondé à soutenir que le préfet de police a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par l’arrêté attaqué.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Sangue et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 14 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.


La présidente-rapporteure,




S. Marzoug

La première assesseure,




F. Lambert

La greffière,




K. Bak-Piot


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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