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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2516254

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2516254

mercredi 1 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2516254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantFOUACHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D..., un ressortissant tunisien, qui contestait le refus de délivrance d'un titre de séjour « salarié » et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le requérant ne pouvait se prévaloir des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car sa demande d'admission au séjour au titre d'une activité salariée était régie par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par conséquent, l'arrêté préfectoral du 15 mai 2025 a été déclaré légal et maintenu.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2025, M. C... D..., représenté par Me Fouache, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 mai 2025 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d’exécution d’office ;

2°) d’enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour :
- le préfet n’a pas examiné sa demande sur le fondement de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu’il exerce un métier en tension, ce qui traduit un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.


Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Cicmen a été lu au cours de l'audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. D..., ressortissant tunisien né le 14 octobre 1993, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 15 mai 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d’exécution d’office. M. D... demande l’annulation de l’arrêté du préfet de police du 15 mai 2025.

Sur les conclusions à fin d’annulation

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté, ni des autres pièces du dossier que M. D... aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, introduit par les dispositions de l’article 27 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration. Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir d’un défaut d’examen de sa demande sur le fondement de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de la méconnaissance de ces dispositions qui ne prévoient, au demeurant, pas la délivrance de plein droit d’un titre de séjour. Par suite, et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ».

L’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 du code précité à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n’interdisent pas au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation d’un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en qualité de salarié.

En l’espèce, tout d’abord M. D... ne séjourne sur le territoire français que depuis le mois d’octobre 2020, soit depuis moins de cinq ans à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, l’ancienneté du séjour ne constitue pas, à elle seule, un motif exceptionnel d’admission au séjour ou une considération humanitaire au sens des dispositions précitées. Ensuite, outre qu’il est constant que M. D... est célibataire et sans enfant à charge et qu’il n’est pas dépourvu de toute attache dans son pays d’origine, dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-sept ans et où résident ses parents, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait constitué des liens d’ordre amical, culturel et social en France, de nature à attester d’une intégration particulière. De surcroit, M. D..., qui établit l’exercice d’une activité salariée depuis le mois de mars 2021 pour l’entreprise Krab dans le secteur de la restauration rapide, par la production de quarante-sept fiches de paie à compter du mois de mars 2021, pour 43,33 heures travaillées jusqu’au mois de septembre 2021, et pour 151,67 heures travaillées depuis le mois d’octobre 2021, à l’exception des mois de septembre et octobre 2024 pour lesquels il ne produit pas de bulletins de paie, ne justifie d’une activité salariée de manière stable, à temps plein, que depuis près de trois ans et demi à la date de la décision attaquée. Enfin, s’il établit d’une part, par la production d’un reçu fiscal édité en 2024, un don de 10 euros à la Croix-Rouge française, d’autre part, par la production d’attestations de l’établissement français du sang d’Île-de-France, un don de sang en août 2022 puis un don de sang en novembre 2023, les actions citoyennes dont il se prévaut sont trop peu significatives pour attester de son insertion sociale. Dans ces conditions, en refusant de régulariser la situation de M. D... au regard du séjour, au titre du travail, le préfet de police n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation dans le cadre de l’exercice de son pouvoir général de régularisation.

En troisième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ». Ainsi qu’il a été dit au point précédent, il est constant que M. D..., qui séjourne en France depuis moins de cinq ans à la date de la décision attaquée, est célibataire, sans charge de famille et n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-sept ans et où résident ses parents. Par ailleurs, il n’établit pas, ni même n’allègue, de lien personnel noué sur le territoire français, malgré la durée de présence alléguée. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour en litige méconnait les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni, en tout état de cause, les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux mentionnés aux points 5 et 6, la décision attaquée n’est entachée d’aucune erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D....

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l’exception d’illégalité de la décision portant refus de séjour soulevé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté du 8 mai 2025 qui comporte la décision attaquée a été signé par Mme A... B..., attachée d’administration de l’État, cheffe de la division de l’admission exceptionnelle au séjour et de l’actualisation des situations administratives et de voyage, qui disposait d’une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté n° 2025-00492 du 25 avril 2025 du préfet de police, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lorsqu’elle a signé l’arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux point 5 et 6, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées.




Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation de la requête, n’implique aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 15 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,
Mme Armoët, première conseillère,
M. Cicmen, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2026.


Le rapporteur,
signé
D. CICMEN

Le président,
signé
C. FOUASSIER

La greffière,

signé


C. EL HOUSSINE


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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