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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2516577

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2516577

lundi 30 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2516577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCOUVRAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D, ressortissant égyptien, contestant l'arrêté du préfet de police du 12 juin 2025 ordonnant son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée et ne révélait pas un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé. Il a également estimé que M. D n'apportait pas la preuve de défaillances systémiques en Espagne justifiant l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ou d'un risque de traitement contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, la requête a été rejetée dans toutes ses conclusions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2025, et un mémoire complémentaire, enregistré le 24 juin 2025, présenté par Me Couvrand, M. A D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 juin 2025, par lequel le Préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un dossier de demande d'asile en procédure normale, une attestation de demande d'asile et une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- La décision litigieuse est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé ;

- Elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 et de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Vu l'arrêté attaqué ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- La charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- Le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- Le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- Le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code des relations entre le public et l'administration ;

- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- Le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme Hnatkiw, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 25 juin 2025 :

- le rapport de Mme Hnatkiw ;

- les observations de Me Couvrand, représentant M. D, et assisté par Mme B, interprète en langue Arabe;

- les observations de Mme E, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 juin 2025, le préfet de police a décidé du transfert de M. D, ressortissant égyptien, aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision de transfert :

2. Aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 742-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. ". La décision de transfert vise les dispositions applicables, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les règlements européens n° 604/2013, n° 1560/2003, et n° 343/2003 relatifs à la détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile dans les Etats membres de l'Union européenne et n° 603/2013. Ainsi, alors même qu'elle n'expose pas tous les éléments relatifs à la situation individuelle de l'intéressé, cette décision mentionne les principaux éléments de faits relatifs à la situation personnelle de M. D. Pour l'application des dispositions sus rappelées, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. D.

4. Aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

6. En l'espèce, M. D ne produit aucun élément suffisant à établir qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Espagne dans la procédure d'asile ou que les juridictions espagnoles ne traiteront pas sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, en particulier de lui accorder un droit au séjour pendant l'instruction de sa demande. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ces autorités n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Egypte. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application des dispositions dérogatoires dites " clauses discrétionnaires " mentionnées à l'article 17 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

7. Si le requérant soutient qu'il vit avec une Française, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est arrivé en France que le 25 mars 2025, que sa compagne, qui habite à Reims, fait état d'une relation amoureuse, commencée le 20 mai 2025 seulement, mais non d'une vie commune, et que le requérant est marié en Egypte. Par suite, la décision attaquée ne porte pas atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministère de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2025.

La magistrate désignée,

Signé,

C. HNATKIWLa greffière,

Signé,

M. C

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2516577/8

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