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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2517110

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2517110

jeudi 19 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2517110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBESSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour d'un ressortissant sénégalais, en raison d'un défaut de motivation de l'administration. Le préfet de police est enjoint de réexaminer la situation du requérant dans un délai de trois mois et de lui délivrer sans délai un récépissé de demande de titre de séjour dans l'attente de ce réexamen. La juridiction s'est fondée sur les dispositions du code des relations entre le public et l'administration, notamment l'article L. 232-4, et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 19 juin 2025 et le 22 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d’enjoindre au préfet de police, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail durant cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Le requérant soutient que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision méconnaît les dispositions de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de police, à qui la requête a été communiquée, n’a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 3 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 2 janvier 2026.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Ladreyt,
- et les observations de Me Ventre, représentant de M. A....


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant sénégalais né le 10 juillet 1984, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 27 novembre 2023. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté cette demande.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (…) ». Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». L’article R. 432-2 du même code précise que cette décision implicite « naît au terme d'un délai de quatre mois ». Par ailleurs, il résulte des dispositions de l’article L. 112-6 du code des relations entre le public et l’administration que le délai de recours contre une décision implicite de rejet n’est pas opposable à l’auteur d’une demande lorsque l’accusé de réception prévu par l’article L. 112-3 du même code ne lui a pas été transmis ou que celui-ci ne porte pas les mentions prévues à l’article R. 112-5 de ce code et, en particulier, la mention des voies et délais de recours. Enfin, l’article L. 232-4 du même code dispose que : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu’à l’expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ».

3. En l’espèce, M. A... a demandé son admission exceptionnelle au séjour le 27 novembre 2023. En raison du silence gardé de l’administration une décision implicite de rejet est née. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier avec accusé de réception du 12 mai 2025, reçu par les services préfectoraux le 15 mai 2025, M. A... a sollicité la communication des motifs de cette décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. L’administration n’a pas communiqué, dans le délai d’un mois prévu par l’article L. 232-4 cité ci-dessus, de tels motifs. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision implicite est entachée d’un défaut de motivation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, que le requérant est fondé à demander l’annulation de la décision attaquée.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

5. Eu égard au motif d’annulation retenu et aux autres pièces du dossier, le présent jugement implique uniquement que le préfet de police réexamine sa situation dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement et lui délivre un récépissé de demande de titre de séjour. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de procéder à un tel réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer sans délai à M. A..., dans l’attente de ce réexamen, un récépissé de demande de titre de séjour. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. A... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A... dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement de lui délivrer sans délai, dans l’attente de ce réexamen, un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 : L’Etat est condamné à verser une somme de 1 000 euros à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au préfet de police et à M. B... A....


Délibéré après l’audience du 29 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,
M. Koutchouk, premier conseiller,
Mme Jaffré, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2026.


Le président rapporteur,




J-P. Ladreyt




L’assesseur le plus ancien,




A. Koutchouk

La greffière,





A. Gomez Barranco


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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