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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2517455

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2517455

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2517455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantHAMIDI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris annule l'arrêté du 5 mai 2025 par lequel le préfet de police avait obligé M. B..., ressortissant colombien, à quitter le territoire français. La solution retenue se fonde sur l'article L. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, combiné au caractère recognitif de la qualité de réfugié : l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ayant reconnu ce statut à M. B... le 21 août 2025, cette décision rétroagit à la date de l'arrêté contesté, rendant celui-ci illégal. Le tribunal accorde également à M. B... le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et condamne l'État à verser 1 000 euros à son avocat au titre des frais d'instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 22 juin, 14 octobre et 7 novembre 2025, M. C... B..., représenté par Me Martin Hamidi, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 5 mai 2025 par lequel le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d’être éloigné ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
l’office français de protection des réfugiés et des apatrides lui a reconnu la qualité de réfugié par décision du 21 août 2025.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire :
la décision est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen sérieux ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2025 le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
le rapport de M. A... ;
et les conclusions de M. Gualandi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

Monsieur B..., ressortissant colombien né le 18 septembre 1960, est entré sur le territoire français le 23 octobre 2024 d’après ses déclarations. Sa demande d’admission au bénéfice de l’asile a été rejetée par décision de l’office français de protection des réfugiés et des apatrides le 21 février 2025, et il ne justifie pas de l’exercice d’un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d’asile. Par l’arrêté du 5 mai 2025, le préfet de police a demandé à M. B... de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de ces décisions.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’accorder à M. B... le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 613-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile « Lorsque la qualité de réfugié ou d'apatride est reconnue ou le bénéfice de la protection subsidiaire accordé à un étranger ayant antérieurement fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative abroge cette décision. Elle délivre au réfugié la carte de résident prévue à l'article L. 424-1, au bénéficiaire de la protection subsidiaire la carte de séjour pluriannuelle prévue à l'article L. 424-9 et à l'étranger qui a obtenu le statut d'apatride la carte de séjour pluriannuelle prévue à l'article L. 424-18. ».

Postérieurement à l’introduction de sa requête, l’office français de protection des réfugiés et des apatrides a, par décision du 21 août 2025, accordé la qualité de réfugié à M. B.... La qualité de réfugié revêtant un caractère recognitif, elle a eu pour effet de rétroagir à la date de la décision litigieuse. Ainsi, M. B... est fondé à s’en prévaloir pour contester la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français prise antérieurement à son intervention. Dès lors, le préfet de police ne pouvait pas légalement prendre l’obligation de quitter le territoire en litige.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté en litige du 5 mai 2025 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné.

Sur les frais liés à l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Martin Hamidi, avocate de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me B... de la somme de 1 000 euros.




D E C I D E :


Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’arrêté du préfet de police du 5 mai 2025 est annulé.

Article 3 : L’État versera une somme de 1 000 euros à M. B..., en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Martin Hamidi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., au préfet de police et à Me Martin Hamidi.


Délibéré après l'audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Patrick Ouardes, président,
Mme Chloé Hombourger, première conseillère
M. Vadim Melka, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.


Le rapporteur


Signé

V. A...

Le président,


Signé

P. Ouardes


La greffière,

Signé

L. Thomas



La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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