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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2517477

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2517477

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2517477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantOKILA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D..., ressortissant égyptien, contestant l'arrêté du préfet de police du 3 février 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et la méconnaissance du droit d'être entendu, en se fondant sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue confirme la légalité de la mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un demandeur d'asile débouté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2025 et le 16 juillet 2025, M. C... D..., représenté par Me Okila, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre, provisoirement, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 3 février 2025 par lequel le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l’obligation de production de la preuve de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d’asile ;
- elle méconnaît son droit d’être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 541- 1 et L. 542-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation.

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure tenant à l’absence de procédure contradictoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 octobre 2025, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 octobre 2025 à 09h30.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Salzmann,
- et les observations de Me Okila, représentant M. D....



Considérant ce qui suit :

M. D..., ressortissant égyptien, né le 17 février 2000, déclare être entré en France afin d’y solliciter l’asile. Par une décision du 24 février 2025, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a clôturé sa demande d’asile. Par un arrêté du 3 février 2025, le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D... en demande l’annulation.

Sur la demande tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».

Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. D... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme B... A..., attachée d’administration hors classe de l’Etat, adjointe au chef du bureau de l’accueil de la demande d’asile, qui disposait d’une délégation de signature en vertu d’un arrêté du préfet de police n° 2024-01258 du 22 août 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-529 de la préfecture de Paris du même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué, qui vise notamment le 4° de l’article
L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, précise la date d’entrée en France déclarée par M. D... ainsi que sa nationalité et sa date de naissance, et relève que sa demande de protection internationale a été rejetée par l’OFPRA par une décision du 24 février 2025. L’arrêté précise, en outre, qu’il n’est pas porté, en l’espèce, une atteinte disproportionnée au droit de l’intéressé à sa vie privée et familiale d’origine. Par suite, cette décision, qui comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

En troisième lieu, le droit d’être entendu préalablement à une mesure d’éloignement, qui, s’agissant d’un demandeur d’asile, a été satisfait avant qu’il ne soit statué sur sa demande d’asile, n’impose pas à l’autorité administrative de mettre l’intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l’obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé ou lorsqu’il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles
L. 542-1 et L. 542-2 du même code. En l’espèce, alors que, dans le cadre de sa demande d’asile, M D.... a été mis à même de porter à la connaissance des instances chargées de l’examen de sa demande d’asile l’ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait été empêché de porter à la connaissance de l’autorité préfectorale des informations susceptibles d’influer sur le sens de la décision attaquée avant son édiction, et alors qu’il ne pouvait ignorer qu’il serait susceptible de faire l’objet d’une mesure d’éloignement en cas de rejet de sa demande d’asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 (…) ». Aux termes de l’article L. 542-1 de ce code : « (…) Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article
L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ».

Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la fiche Telemofpra que M. D... a fait l’objet d’une décision de clôture de sa demande d’asile par l’Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides le 24 février 2025. S’il soutient avoir formé un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d’asile, il ne fournit aucun élément permettant de l’établir et la fiche Telemofpra, qui fait foi jusqu’à preuve du contraire, ne porte aucune mention en ce sens. En application des dispositions précitées, le requérant ne peut être regardé comme disposant d’un droit au maintien sur le territoire français. Le préfet de police a pu, sans méconnaître les articles L. 611-1 4° et L. 542-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l’obligation de production de la décision de la Cour nationale du droit d’asile.

En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en ce qu’il subirait des craintes réelles et actuelles dans son pays d’origine est inopérant à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n’a pas pour effet de fixer le pays à destination duquel M. D... pourra être éloigné.

En septième lieu, M. D... qui ne justifie pas de circonstances humanitaires et n’apporte aucun élément sur son intégration et sa vie privée et familiale en France n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation.




En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d’être dit, le moyen tiré de l’illégalité, par voie d’exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

En deuxième lieu, la décision attaquée vise le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. Il mentionne la nationalité de M. D... et indique que l'intéressé n’établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine. Ainsi, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Le moyen doit donc être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, une méconnaissance du principe du contradictoire, ainsi qu’il a été dit au point 6.

En quatrième et dernier lieu, M. D... ne produit aucun élément de nature à établir qu’il serait personnellement et actuellement exposé à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d’un retour dans son pays d’origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. D... doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D E C I D E :



Article 1er : M. D... est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D... est rejetée.



Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D..., à Me Okila et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 23 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, président,
M. Schaeffer, premier conseiller,
M. Jehl, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.

La présidente,
M. SALZMANN

L’assesseur le plus ancien,
G. SCHAEFFER

La greffière,



P. TARDY-PANIT


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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