Le Tribunal Administratif de Paris annule l'arrêté du 17 mars 2025 par lequel le préfet de police a obligé M. B..., ressortissant vénézuélien, à quitter le territoire français. La décision est fondée sur les articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 531-40 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant clôturé la demande d'asile de M. B... sans tenir compte de la réouverture de son dossier obtenue dans le délai légal de neuf mois. Cette erreur de droit entraîne l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, de la fixation du pays de destination.
Texte intégral
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2025, M. A... B..., représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 17 mars 2025 par lequel le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de le munir, dans cette attente, d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 500 euros à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans l’hypothèse où il ne serait pas admis à l’aide juridictionnelle, de lui verser cette somme.
Il soutient que :
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur de droit au regard des articles L. 531-40, L. 541-1 et L.541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est contraire aux stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle est contraire aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l’article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête
M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 4 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme de Schotten,
- les observations de Me Lantheaume, pour M. C....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant vénézuélien né le 1er février 2003, a fait l’objet d’un arrêté du 17 mars 2025 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes des dispositions de l’article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision.
(…) ». Aux termes des dispositions de l’article L. 542-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :
1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : (…) e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; (…) ». Aux termes de l’article L. 531-40 de ce code : « Si, dans un délai inférieur à neuf mois à compter de la décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, le demandeur d'asile sollicite la réouverture de son dossier ou présente une nouvelle demande, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rouvre le dossier et reprend l'examen de la demande au stade auquel il avait été interrompu. Le dépôt par le demandeur d'une demande de réouverture de son dossier est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours devant les juridictions administratives de droit commun, à peine d'irrecevabilité de ce recours. Le dossier d'un demandeur ne peut être rouvert qu'une seule fois en application du premier alinéa. Passé le délai de neuf mois, la décision de clôture est définitive et la nouvelle demande est considérée comme une demande de réexamen. »
Il ressort des pièces du dossier et des termes de la décision attaquée que pour obliger M. B... à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police a relevé que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a procédé à la clôture de sa demande par une décision du 4 mars 2025 notifiée le 6 mars suivant. Il est cependant constant que l’intéressé a obtenu la réouverture de son dossier et qu’il a été convoqué le 10 mars 2025 par l’OFPRA pour être entendu, dans le cadre du dépôt de sa demande d’asile, le 16 avril suivant. En application des dispositions précitées, le requérant est fondé à soutenir qu’à la date de l’arrêté attaqué, il bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français et qu’en l’obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police a entaché son arrêté d’une erreur de droit.
Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de statuer les autres moyens de la requête, M. B... est fondé à obtenir l’annulation de la décision l’obligeant à quitter le territoire français ainsi que par voie de conséquence de celle fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’exécution du présent jugement implique uniquement que le préfet de police procède au réexamen de la situation de M. B.... Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. En l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir ces conclusions à fin d’injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le versement d’une somme de 1 200 euros à Me Lantheaume, sous réserve que Me Lantheaume renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1 : L’arrêté du préfet de police du 17 mars 2025 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’État versera la somme de 1 200 euros à Me Lantheaume en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lantheaume renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Lantheaume et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
M. Nourisson, premier conseiller,
Mme de Schotten, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 janvier 2026.
La rapporteure,
K. de Schotten
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.