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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2517670

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2517670

vendredi 19 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2517670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant ivoirien, contestant l'arrêté du préfet de police du 29 mai 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Le tribunal a estimé que la décision d'éloignement ne méconnaissait pas le droit d'être entendu, ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Par conséquent, les décisions fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de deux ans, fondées sur cette obligation, ont été jugées légales. La solution s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2025, M. B... A..., représenté par Me Barthod, demande au tribunal :

1°) de l’admettre à l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler les décisions contenues dans l’arrêté du 29 mai 2025 par lesquelles le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné, l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l’a signalé aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation selon les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de condamner l’Etat à verser une somme de 1 000 euros à son avocat en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de la renonciation de celui-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

M. A... soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La décision l’interdisant de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à l’application des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

Le signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen devra être effacé en conséquence de l’annulation de l’interdiction de retour sur le territoire français.


Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

L’aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A... par une décision du 10 novembre 2025.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Nourisson a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant ivoirien né le 1er janvier 2005 et qui déclare être entré en France au début de l’année 2024, a fait l’objet d’une interpellation pour tentative de vol par effraction dans un local d’habitation. Lors de la vérification de son droit au séjour, l’autorité administrative a constaté que l’intéressé se trouvait en situation irrégulière sur le territoire national. Par un arrêté en date du 29 mai 2025, le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné, a assorti cette obligation d’une interdiction de retour sur le territoire national de deux ans et l’a signalé aux fins de non-admission au système d’information Schengen. M. A... demande l’annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ». L’aide juridictionnelle totale ayant été accordée à M. A... par une décision du 10 novembre 2025, il n’y a plus lieu de statuer sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...) ». Si les dispositions de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l’Union relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l’autorité préfectorale, avant de prendre à l’encontre d’un étranger une décision d’éloignement, mette l’intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu’il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu’elle n’intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

Il ne ressort pas des éléments produits que l’intéressé, qui a au demeurant été entendu le 28 mai 2025, aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient, si le préfet en avait eu connaissance, été propres à influer sur le contenu de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu ne peut qu’être écarté.

En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A..., pour prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation quant à la menace à l’ordre public ne peut qu’être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

M. A..., qui soutient qu’il réside de manière stable et continue sur le territoire national depuis son arrivée au début de l’année 2024 et y a ainsi fixé le centre de ses intérêts personnels, ne verse au dossier aucun élément de nature à établir que la décision litigieuse porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de même que celui tiré de l’erreur manifeste d’appréciation, ne peuvent qu’être écartés.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

La décision par laquelle le préfet de police a obligé M. A... à quitter le territoire français dont il ne résulte pas de ce qui précède qu’elle serait illégale, constitue la base légale de celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de cette dernière décision ne peut qu’être écarté comme infondé.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de police a obligé M. A... à quitter le territoire français dont il ne résulte pas de ce qui précède qu’elle serait illégale, constitue la base légale de celle l’interdisant de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de cette dernière décision ne peut qu’être écarté comme infondé.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (…). » aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. »

La décision du 29 mai 2025 notifiée le même jour, qui rappelle les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, énonce que l'intéressé déclare être entré en France en 2024, qu’il n’atteste pas de l’intensité d’une vie privée et familiale en France dès lors qu’il se déclare célibataire et sans charge de famille et qu’il constitue une menace pour l’ordre public en raison de la tentative de vol par effraction pour laquelle il a été interpellé par les services de police le 27 mai 2025. Ainsi, la décision faisant interdiction à M. A... de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois satisfait à l’exigence de motivation posée par l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En troisième lieu, si l’intéressé soutient que le préfet aurait entaché sa décision d’erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n’apporte à l’appui de ces allégation aucun élément ni aucune pièce permettant d’en apprécier le bien-fondé.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d’injonction et celles liées aux frais de l’instance.



D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle présentée par M. A....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 5 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,
M. Nourisson, premier conseiller,
Mme de Schotten, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.




Le rapporteur,

S. Nourisson
La présidente,

K. Weidenfeld


Le greffier,




Lemieux


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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