lundi 21 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2518109 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET LAPISARDI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2025, la société Ateliers de Chevreuse, représentée par Me Buffet, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-5 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la procédure de négociation formalisée engagée par la Régie autonome des transports parisiens (RATP) pour la passation de l'accord cadre ayant pour objet la fourniture de cadres et vitrines d'affichage destinés à équiper ses espaces voyageurs ;
2°) d'enjoindre à la RATP de reprendre la procédure, en se conformant aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur ;
3°) de mettre à la charge de la RATP la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les prix unitaires et les délais d'exécution d'un précédent marché dont elle était titulaire ont été communiqués dans les documents de consultation du marché litigieux ; la RATP a retiré ces informations à sa demande, quatre jours après la publication de l'avis de marché, de sorte que les autres candidats ont pu en prendre connaissance ;
- la communication de ces informations confidentielles, en méconnaissance de l'article L. 2132-1 du code de la commande publique, qui a permis à la société attributaire de présenter une offre plus intéressante sur les prix et les délais, a faussé le jeu de la concurrence ;
- elle a été susceptible d'être lésée par ce manquement, dès lors que la société attributaire a obtenu de meilleures notes sur le critère du prix et celui du planning et des délais, qui représentent respectivement 60 % et 8 % de la note globale, et qu'elle a obtenu des notes identiques sur les autres critères techniques.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025, la RATP, représentée par Me Lapisardi, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Ateliers de Chevreuse d'une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions de la requête sont irrecevables, car, saisi sur le fondement de l'article L. 551-5 du code de justice administrative, le juge ne peut pas annuler la procédure de passation, ni enjoindre à l'entité adjudicatrice de procéder à une nouvelle mise en concurrence, mais ne peut qu'ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations ou de suspendre l'exécution de toute décision se rapportant à la passation du contrat ;
- le moyen soulevé par la société Ateliers de Chevreuse n'est pas fondé ; les informations communiquées, qui concernent un précédent marché, conclu en 2017 et terminé en octobre 2023, ne sont pas couvertes par le secret des affaires ; elles n'ont apporté aucun avantage concurrentiel au concurrent de la requérante dans le cadre de la procédure litigieuse, notamment parce que les quantités minimales et maximales et les prestations ont été modifiées, les délais fixés de manière différente et des délais d'exécution maximaux équivalents ou plus courts ont été imposés ; la société requérante, qui a présenté une offre plus onéreuse que l'attributaire et n'a baissé son prix que marginalement lors de la négociation, n'établit pas qu'elle a été susceptible d'être lésée par la communication de ces informations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Laure Marcus pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 16 juillet 2025 à 10h00, en présence de
Mme Tardy-Panit, greffière d'audience, Mme Laure Marcus a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Cavalier, représentant la société Ateliers de Chevreuse, qui maintient les conclusions de sa requête et conclut en outre à ce qu'il soit enjoint à la RATP de se conformer à ses obligations de publicité et de mise en concurrence ; Me Cavalier développe les moyens soulevés dans la requête en soulignant que la RATP ne conteste pas le manquement à ses obligations de publicité et de mise en concurrence, et que, contrairement à ce qu'elle soutient, les informations irrégulièrement communiquées ne sont pas anciennes car elles sont issues d'un avenant au précédent marché, qui date de 2022 ;
- les observations de Me Lapisardi, représentant la RATP, qui maintient ses conclusions et explicite les arguments présentés dans les écritures ; Me Lapisardi explique que les informations communiquées portent sur huit lignes de prix, alors qu'il y en a quarante dans le bordereau des prix unitaires du marché litigieux, qu'en outre, les prix communiqués, qui concernent un précédent marché, conclu en 2017 et achevé en 2023, ne sont pas associés à des quantités et portent sur des prestations différentes ; que la communication des délais d'exécution pratiqués par la requérante dans le cadre du précédent marché n'a pu avoir d'intérêt pour les concurrents, car le présent marché fixe des délais maximaux équivalents ou inférieurs ; que la communication des informations n'a pu léser la requérante, qui a présenté une offre nettement moins compétitive sur le prix que la société attributaire, et qui n'a pas suffisamment détaillé son planning d'exécution, ce qui explique sa note inférieure sur le critère du planning et des délais ;
- et celles de M. A, représentant la société ARI, qui fait valoir que la société est spécialisée dans le mobilier d'affichage depuis 1976 et a été titulaire d'un précédent marché de la RATP, qu'elle a pu présenter une offre plus compétitive sur le prix que la requérante car elle a une grande maîtrise de ses coûts de revient, en raison d'un processus de fabrication très intégré, et grâce à un réseau de sous-traitants historiques.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 8 novembre 2024, la Régie autonome des transports parisiens (RATP) a lancé une procédure négociée pour la passation d'un accord cadre mono-attributaire à bons de commande, ayant pour objet la fourniture de cadres et vitrines d'affichage destinés à équiper ses espaces voyageurs. La société Ateliers de Chevreuse et la société ARI ont remis des offres. La RATP a organisé deux réunions de négociation en mars 2025 et mai 2025, à l'issue desquelles les entreprises soumissionnaires ont pu remettre une offre intermédiaire, puis une offre finale. Par un courrier du 18 juin 2025, la RATP a informé la société Ateliers de Chevreuse que son offre n'a pas été retenue et que le marché a été attribué à la société ARI. Par la présente requête, la société Ateliers de Chevreuse demande l'annulation de la procédure de passation du marché.
Sur le cadre juridique :
2. Aux termes de l'article L. 551-5 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les entités adjudicatrices de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () ". Aux termes du I de l'article L. 551-6 du code précité : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations en lui fixant un délai à cette fin. Il peut lui enjoindre de suspendre l'exécution de toute décision se rapportant à la passation du contrat (). " Enfin, l'article L. 551-10 du même code dispose que : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat () et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-5 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'entité adjudicatrice. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements de l'entité adjudicatrice à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
Sur les manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence :
4. Il est constant que la RATP a publié, dans les documents de la consultation, un document intitulé " Cadres et vitrines d'affichage / Design Emmanuel Cairo et Vitrac Pool - CVA17 ", et comportant la référence " 15-INID_FP18-009_v4.4 du 13 juin 2022 ". La société Ateliers de Chevreuse soutient, sans être utilement contredite, que ce document est issu d'un avenant de 2022 au marché de fourniture de cadres et de vitrines d'affichages pour les espaces voyageurs de la RATP, dont elle a été titulaire d'octobre 2017 à octobre 2023. Ce document comprend, outre une " description de la gamme " de cadres et vitrines d'affichage, l'indication des délais d'approvisionnement des produits (huit semaines pour les modèles A, C et D et dix semaines pour le modèle B) et de leur " gamme de prix " avec les montants de huit prix unitaires hors taxes. Par courriel adressé à la RATP le 8 novembre 2024, dès la publication de l'avis de marché, le président de la société Ateliers de Chevreuse a demandé la suppression de ces informations des documents de la consultation. Par courriel du 12 novembre 2024, un représentant de la RATP l'a informé que ces informations avaient été supprimées. La société Ateliers de Chevreuse soutient que la communication par l'entité adjudicatrice des prix et délais d'approvisionnement, qu'elle pratiquait dans le précédent marché, informations publiées dans les documents de la consultation pendant quatre jours avant leur suppression, a faussé le jeu de la concurrence et avantagé la société attributaire du marché.
5. Sur l'incidence, en premier lieu, de la communication des prix de l'ancien marché sur la régularité de la procédure de consultation litigieuse, il résulte de l'instruction que les soumissionnaires devaient remplir, pour la présentation de leur offre, un cadre de prix comprenant une partie DPGF (décomposition des prix généraux forfaitaires), soit les prix des études de conception, des réalisations, fournitures et poses de préséries, des homologations, du rendu du dossier des ouvrages exécutés et des cessions de droit, et une partie BPU (bordereau des prix unitaires), soit les prix des différentes catégories de cadres d'affichages, vitrines rétro-éclairées et pièces de maintenance, au nombre total de quarante, à décliner en fonction des quantités commandées par la RATP (d'une à neuf unités, de dix à trente-neuf unités et de quarante unités et plus). Or la " gamme de prix " de l'ancien marché, communiquée par la RATP, ne comportait pas les prix des études de conception et de développement des produits, et ne détaillait que les prix unitaires de huit catégories de produits, sans les décliner suivant les quantités commandées. En outre, il résulte de l'instruction que le nouveau projet de marché fixe des montants minimaux et maximaux de commande substantiellement supérieurs à ceux de l'ancien marché et ne porte pas sur des fournitures identiques, car les cadres et vitrines d'affichage doivent désormais être fournis avec l'affiche et le sticker de titrage, et que le niveau d'étanchéité et l'indice de protection contre les chocs mécaniques exigés ont été modifiés. Enfin, alors que la " gamme de prix " de l'ancien marché a été communiquée au début de la procédure de consultation, les soumissionnaires ont été invités, après le dépôt de leur offre initiale, à deux réunions de négociation avec la RATP à la suite desquelles ils ont remis une offre intermédiaire puis une offre finale. Par un courriel du 7 avril 2025, adressé par la société Ateliers de Chevreuse à la RATP pendant la phase de négociations, celle-ci l'a informée qu'elle ne pouvait pas lui proposer une offre plus compétitive sur les prix, " dans la mesure où sur le précédent contrat les commandes se faisaient par lot de 100 au minimum et que maintenant en plus les affichages et le stickage sont inclus dans les prix ". Dans ces conditions, alors que l'offre finale de la société attributaire a obtenu une note supérieure de 9,84 points à celle de la société Ateliers de Chevreuse sur le critère du prix, qui représente 60 % de la note globale, la communication, au début de la consultation, d'une partie des prix de l'ancien marché, dont elle était titulaire, et qui portait sur des fournitures qui n'étaient pas identiques à celles du nouveau projet de marché, n'a pas été susceptible de l'avoir lésée.
6. Sur l'incidence, en second lieu, de la communication des délais d'approvisionnement de l'ancien marché sur la régularité de la procédure de consultation litigieuse, il résulte de l'instruction que le nouveau projet de marché fixe des délais maximaux de livraison pour les différentes catégories d'équipements et de pièces de maintenance, qui varient de six à huit semaines, et sont soit inférieurs, soit équivalents aux délais d'approvisionnement de l'ancien marché. En outre, si la société Ateliers de Chevreuse fait valoir qu'elle a obtenu une note inférieure de 2 points à celle de la société attributaire sur le critère du planning et des délais, il résulte de l'instruction que ce critère, qui ne représente que 8 % de la note globale, évalue les plannings détaillés des études et cadences de production des équipements fournis par les soumissionnaires et que la société Ateliers de Chevreuse a obtenu une note inférieure car elle ne détaillait pas suffisamment le planning de la phase d'études, et non parce qu'elle proposait des délais d'exécution inférieurs à ceux de l'attributaire. Dans ces conditions, alors que, comme il a été souligné au point 5, la note de la société attributaire était supérieure de presque 10 points à celle de la société requérante, sur le critère du prix représentant 60 % de la note globale, la communication des délais d'approvisionnement de l'ancien marché n'a pas pu léser la société Ateliers de Chevreuse.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête de la société Ateliers de Chevreuse doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Ateliers de Chevreuse une somme de 1 500 euros, à verser à la RATP, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE
Article 1er : La requête de la société Ateliers de Chevreuse est rejetée.
Article 2 : La société Ateliers de Chevreuse versera à la RATP la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Ateliers de Chevreuse, à la Régie autonome des transports parisiens et à la société ARI.
Fait à Paris, le 21 juillet 2025.
La juge des référés,
L. MARCUS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2518109
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026