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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2518249

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2518249

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2518249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné le recours de Mme A, ressortissante mauritanienne, contre l'arrêté du préfet de police du 23 juin 2025 ordonnant son transfert aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile. La requérante invoquait plusieurs moyens, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance des articles 4, 5, 21, 22 et 26 du règlement (UE) n°604/2013, ainsi que la violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que la décision était régulière et fondée sur les textes applicables, dont le règlement Dublin III et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la requête a été rejetée, confirmant la légalité de la mesure de transfert.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2025, Mme A, représentée par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 23 juin 2025 par lequel le préfet de police a décidé de son transfert aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le délai de 24 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans une langue qu'elle comprend ;

- l'arrêté méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 dès lors que rien n'atteste que l'entretien dont elle devait bénéficier a eu lieu, dans les conditions requises par les textes, notamment qu'il ait été mené par une personne qualifiée, avec l'aide d'un interprète ;

- le préfet a méconnu l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté ;

- l'arrêté méconnaît les articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que l'administration n'établit pas avoir saisi les autorités espagnoles et que ces dernières aient répondu ;

- l'arrêté méconnaît l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors qu'il ne mentionne pas avoir porté à sa connaissance les informations relatives à la mise en œuvre du transfert, notamment le lieu et la date auxquels elle devait se présenter aux autorités espagnoles, dans l'hypothèse où elle souhaitait effectuer le transfert par ses propres moyens ;

- l'arrêté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement UE n°604/2013 alors qu'elle souffre de lourds troubles psychiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990,

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mauget en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 juillet 2025 :

- le rapport de M. Mauget ;

- les observations de Me Pafundi, représentant Mme A, assistée de M. D, interprète en langue peul ;

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante mauritanienne née le 27 juillet 2001, a déposé une demande d'asile en France le 15 janvier 2025 auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de Paris et il lui a été remis le même jour une attestation de demande d'asile selon la procédure " Dublin ", Madame A ayant déjà déposé une demande d'asile le 9 juin 2024 en Espagne. Après avoir fait l'objet d'une mesure de réadmission effective aux autorités espagnoles le 30 avril 2025, Mme A est revenue en France et a de nouveau déposé une demande d'asile en France le 22 mai 2025. Le préfet de police, par un arrêté en date du 23 juin 2025, a décidé du transfert de Mme A aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2025-000492 du 25 avril 2025 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme E F, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En l'espèce, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise. Elle vise notamment le règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que Mme A a demandé l'asile en France le 15 janvier 2025, que la comparaison de ses empreintes digitales au moyen du système " Eurodac " a révélé qu'elle avait précédemment déposé une demande en Espagne le 9 juin 2024, que les autorités espagnoles avaient fait connaître une première fois leur accord pour examiner sa demande d'asile, que Mme A est revenue en France après avoir fait l'objet d'une première mesure de transfert aux autorités espagnoles, que les critères prévus par le chapitre III ne sont pas applicables à sa situation et que les autorités espagnoles doivent être regardées comme responsables de sa demande d'asile, précise que ces autorités ont été de nouveau saisies le 28 mai 2025 d'une demande de reprise en charge de l'intéressée en application de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 et ont fait connaître leur accord le 3 juin 2025. Mme A ne peut dès lors être fondée à soutenir que l'arrêté de transfert aux autorités espagnoles pris par le préfet de police le 23 juin 2025 serait insuffisamment motivé et qu'elle ne comprendrait pas notamment les critères retenus pour son transfert.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées et telle qu'elle figure à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003, constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vue remettre contre signature, le 22 mai 2025, les brochures intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (brochure A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B), conformes à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 qui a modifié sur ce point l'article 16 bis du règlement (CE) n° 1560/2003. Ces documents sont rédigés en français. Si Mme A a déclaré ne comprendre que le peul, le contenu des documents a été porté à sa connaissance par un interprète en peul. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () . 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a bénéficié d'un entretien individuel, le 22 mai 2025, qui a été effectué par un agent préfectoral, au cours duquel elle a été informée que les autorités espagnoles allaient être saisies en application du règlement Dublin. Lors de cet entretien, elle a pu présenter des observations orales sur la procédure de transfert avec le concours d'un interprète qualifié de l'agence ISM interprétariat dont le nom, le prénom sont indiqués. Le compte rendu de l'entretien, dont Mme A a pris connaissance comme l'atteste l'apposition de sa signature et qui s'est déroulé en peul, ne révèle aucune difficulté de compréhension des questions qui ont été posées et auxquelles Mme A a apporté des réponses précises et substantielles. Elle a ainsi eu la possibilité de faire part notamment de toute information pertinente relative à la détermination de l'Etat responsable. Il ressort également des pièces du dossier que ce compte rendu lui a été remis le 22 mai 2025 et si Mme A soutient qu'il ne lui aurait pas été indiqué que ce compte rendu pouvait être communiqué à son conseil, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la régularité de la procédure suivie dès lors qu'elle n'a pas privé Mme A de la garantie tenant au bénéfice de cet entretien et à la possibilité de faire valoir toutes observations utiles et, en l'espèce, n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Par ailleurs, Mme A n'apporte aucun élément circonstancié de nature à faire douter de la qualité de l'agent ayant procédé à cet entretien ni du caractère confidentiel de ce dernier. Les services de la préfecture, et en particulier les agents recevant les étrangers au sein du guichet unique des demandeurs d'asile, doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 précité du règlement n°604/2013, de

" personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article. Par ailleurs, l'article 5 de ce règlement n'exige pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité de l'agent qui l'a mené et ce résumé, qui, selon cet article 5, peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type, ne saurait être regardé comme une correspondance au sens de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration. L'absence de mention, sur le compte rendu de l'entretien individuel, de sa durée, de l'identité et de la qualité de l'agent qui a mené l'entretien, n'a pas privé l'intéressée d'une garantie. Si Mme A soutient enfin qu'il ne lui aurait pas été remis le fichier " Eurodac " permettant au préfet de police de déterminer l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, ce qui l'aurait privé d'une information essentielle, il est contant, en tout état de cause, que Mme A a expliqué elle-même avoir déposé une première d'asile en Espagne et avoir quitté l'Espagne pour la France sans attendre le résultat de cette première demande. Au demeurant, la transmission d'extraits du fichier " Eurodac " ne figure pas parmi les garanties dont peut se prévaloir un demandeur d'asile sur le fondement de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 20139 juin 2024. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait méconnu l'article 5 dudit règlement doit être écarté.

9. En cinquième lieu, l'ensemble des règles applicables aux décisions de transfert sont entièrement déterminées par l'article 5 du règlement n° 604/2013 ainsi que par les dispositions des articles L. 571-1 et L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent donc être utilement invoquées à l'encontre d'une telle décision. Dès lors, Mme A ne peut utilement soutenir que le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 211-5 précité. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

10. En sixième lieu, si Mme A soutient que l'arrêté attaqué aurait méconnu les articles 24 et 25 du règlement n° 604/2013 au motif qu'il n'y a pas de preuve de la demande de saisine des autorités françaises et de la réponse des autorités espagnoles, il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites en défense par le préfet de police, que les autorités françaises ont saisi les autorités espagnoles le 28 mai 2025 et que ces dernières ont donné leur accord explicite pour examiner la demande d'asile de Mme A le 3 juin 2025. Par suite, le moyen soulevé par Mme A et tiré de la méconnaissance des articles 24 et 25 du règlement doit être écarté comme manquant en fait.

11. En septième lieu, si Mme A soutient que le préfet de police n'aurait pas porté à sa connaissance, dans l'arrêté de transfert aux autorités espagnoles du 23 juin 2025, les éléments d'information prévues à l'article 25 du règlement n°604/2013, cette circonstance n'a, en tout état de cause, privé Mme A d'aucune garantie. Par conséquent, le moyen soulevé par Mme A et tiré de la méconnaissance de l'article 25 du règlement n°604/2013 doit être écarté.

12. En huitième lieu, Mme A soutient que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " par ricochet " et celles de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'en cas de transfert en Espagne elle serait susceptible d'être renvoyée dans son pays d'origine et qu'elle y encourt des risques. Toutefois l'arrêté attaqué a seulement pour objet de renvoyer l'intéressée en Espagne et non dans son pays d'origine. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressée apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressée serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. L'Espagne, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Mme A ne produit aucun élément de nature à établir qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Espagne dans la procédure d'asile ou que les juridictions espagnoles ne traiteront pas sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Enfin, si Mme A se prévaut de son suivi médical en France pour des troubles psychiques lourds, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait recevoir des soins adaptés à son état en cas de retour dans le pays de transfert. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application des dispositions dérogatoires dites " clauses discrétionnaires " mentionnées à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Pafundi et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

F. MAUGET

La greffière,

Signé

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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