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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2518415

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2518415

vendredi 6 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2518415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SEL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus de délivrance d'un titre de séjour à un ressortissant sénégalais. La juridiction a annulé l'arrêté préfectoral, estimant que l'autorité administrative n'avait pas procédé à l'examen complet exigé par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lu en combinaison avec l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande en vérifiant, conformément à la jurisprudence, si l'ensemble des éléments de la situation du requérant (ancienneté de séjour, intégration, situation professionnelle) pouvait constituer des motifs exceptionnels justifiant une admission au séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2025, M. B... C... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 11 juin 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » ou, à défaut, de réexaminer sa demande.

Il soutient que :
l’arrêté attaqué méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.


La requête a été communiquée au préfet de police qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Par une ordonnance du 12 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 28 janvier 2026.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié,
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Marzoug a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant sénégalais né le 30 juillet 1997, a présenté le 29 avril 2025 une demande de titre de séjour sur le fondement de l’article 42 de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié et de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 juin 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. C... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

En premier lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 42 de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié par l’avenant du 25 février 2008, entré en vigueur le 1er août 2009 : « Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : soit la mention « salarié » s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail. / Soit la mention « vie privée et familiale » s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. ». Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ».

Les stipulations du paragraphe 42 de l’article 4 de l’accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l’avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d’admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors, le préfet, saisi d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l’effet de l’accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En présence d’une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l’autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, d’examiner, notamment, si la qualification, l’expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l’emploi auquel il postule de même que tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande, tel que par exemple, l’ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l’espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

En l’espèce, d’une part, si M. C... établit résider de manière habituelle sur le territoire français depuis le mois de juillet 2019, l’ancienneté du séjour ne constitue pas, à elle seule, un motif exceptionnel d’admission au séjour ou une considération humanitaire au sens des dispositions précitées. D’autre part, si M. C... se prévaut de son intégration professionnelle en France, il ressort des pièces du dossier qu’il a bénéficié d’un contrat à durée indéterminée, en qualité de livreur, pour la période de septembre 2021 à octobre 2023, ce qui représente une période d’emploi insuffisamment significative à la date de l’arrêté attaqué. En outre, s’il produit un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société NP Bâtiment, il ressort du document joint à la requête qu’il s’agit d’un projet de contrat qui devait prendre effet à compter du 20 octobre 2025, postérieurement à l’arrêté en litige. Enfin, s’il ressort des pièces du dossier que M. C... est père du jeune A..., né le 4 novembre 2024 en France, il ressort également des pièces du dossier que sa compagne est une ressortissante sénégalaise, dont la régularité du séjour en France n’est pas établie. Dans ces conditions, aucune circonstance ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale au Sénégal. Par suite, c’est sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation que le préfet de police a pu estimer que la situation de M. C... ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l’application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et lui refuser la délivrance d’un titre de séjour sur ce fondement.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, M. C... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, professionnelle et familiale.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. C... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 6 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2026.


La présidente-rapporteure,

S. Marzoug
L’assesseure la plus ancienne,

F. Lambert


La greffière,




K. Bak-Piot


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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