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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2520961

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2520961

lundi 11 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2520961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCASAGRANDE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris annule la décision du 16 juillet 2025 par laquelle l'OFII a refusé à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La requérante, ressortissante russe, justifiait d'un motif légitime pour avoir déposé sa demande d'asile au-delà du délai de 90 jours, dès lors qu'elle était en situation régulière grâce à un visa valable jusqu'au 9 mai 2025, et que le délai devait courir à compter de sa dernière entrée en France le 7 mai 2025. Le tribunal applique les articles L. 551-15 et L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de sept jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 juillet et 7 août 2025, Mme A B, représentée par Me Casagrande, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 16 juillet 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de l'admettre, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive à compter du jour de la notification de la décision contestée ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 440 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, tiré de la méconnaissance des articles L. 551-9, L. 551-10, D. 551-16 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle a été préalablement informée dans une langue qu'elle comprend, des modalités des conditions matérielles d'accueil, de la nécessité d'accepter l'offre faite et des possibilités de les faire cesser ou de les refuser ;

- elle méconnaît les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors, d'une part, qu'elle bénéficie d'un motif légitime pour ne pas avoir déposé sa demande d'asile dans les quatre-vingt-dix jours après son arrivée en France tiré de ce qu'elle disposait d'un visa valable jusqu'au 9 mai 2025 et que sa dernière entrée en France remonte au 7 mai 2025, date qui aurait dû être retenue par l'OFII comme point de départ du délai de 90 jours et, d'autre part, qu'il n'a pas été tenu compte de son état de vulnérabilité lié à une pathologie psychiatrique pour laquelle elle est suivie à distance par un psychiatre russe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ostyn en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn ;

- les observations de Me Casagrande, représentant Mme B.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe née le 28 mai 1997, a sollicité l'asile auprès des autorités françaises le 16 juillet 2025, sa demande ayant été enregistrée le jour même. Par décision du même jour dont elle demande l'annulation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France (). ".

5. Mme B fait valoir qu'elle disposait d'un motif légitime pour ne pas avoir déposé sa demande d'asile dans les 90 jours après son arrivée en France, dès lors qu'elle disposait d'un visa valable jusqu'au 9 mai 2025 et que l'OFII aurait dû considérer que ledit délai commençait à courir à compter de sa dernière entrée en France, soit le 7 mai 2024. En l'espèce, il est constant que la requérante est entrée en France pour la première fois le 17 novembre 2024. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle y est entrée sous couvert d'un visa de long séjour temporaire valable du 10 novembre 2024 au 9 mai 2025. Or, d'une part, en retenant la date du 17 novembre 2024 comme point de départ du délai de 90 jours alors que la requérante n'était pas, à cette date, entrée irrégulièrement sur le territoire ou ne s'y était pas maintenue irrégulièrement comme mentionné à l'article L. 531-27 précité, le directeur territorial de l'OFII qui fonde sa décision sur ce motif a entaché sa décision d'une erreur de droit. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la copie du passeport de Mme B, que sa dernière entrée en France date du 7 mai 2024 et qu'elle doit être regardée comme s'étant maintenue irrégulièrement sur le territoire français à compter de la date d'expiration de son visa, soit le 9 mai 2025, de sorte que la requérante, en déposant sa demande d'asile le 16 juillet 2025, a respecté le délai prévu par les dispositions citées au point précédent.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 juillet 2025 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au directeur général de l'OFII d'accorder à Mme B, à titre rétroactif à compter du 16 juillet 2025, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et ce, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Sous réserve de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Casagrande, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Casagrande de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 16 juillet 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y faisant obstacle, de procéder de façon rétroactive à compter du 16 juillet 2025 au rétablissement des conditions matérielles d'accueil de Mme B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros à verser à Me Casagrande, conseil de Mme B, dans les conditions fixées aux articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, d'une part, qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. À défaut d'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera directement cette somme à cette dernière.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Casagrande et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2025.

La magistrate désignée,

Signé

I. OSTYN

La greffière,

Signé

A. LANCIEN

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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