mercredi 13 août 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2521335 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET LHERITIER AVOCAT (SELUR) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2025, un mémoire complémentaire enregistré le 30 juillet 2025 et deux mémoires enregistrés le 4 août 2025, la société Inter dépannage Paris, représentée par Me Armbruster, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la procédure de passation du lot n° 1 " enlèvement des véhicules 4 roues secteur Nord " et du lot n° 2 " enlèvement des véhicules 4 roues secteur Sud " du marché 2500540 portant sur des prestations d'enlèvement des véhicules illicitement stationnés à Paris et leur transfert de préfourrières ou fourrières ;
2°) d'enjoindre à la Ville de Paris de communiquer le rapport d'analyse des offres, le procès-verbal de la commission d'appel d'offres et les motifs détaillés du rejet de ses offres pour les lots nos 1 et 2 ainsi que les caractéristiques et avantages relatifs des offres des attributaires retenus dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de surseoir à statuer jusqu'à ce que la Ville de Paris se soit conformée à l'injonction précitée dans le délai imparti ;
4°) d'enjoindre à la Ville de Paris de reprendre la procédure au stade de l'examen des offres en examinant ses offres pour les lots nos 1, 2 et 4 ;
5°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la Ville de Paris a manqué à son obligation d'information des candidats évincés, entraînant un manquement à l'égalité de traitement des candidats ;
- la déclaration sans suite du lot n° 4 est irrégulière et est constitutive d'une rupture d'égalité entre les candidats ;
- la procédure de passation litigieuse est irrégulière, dès lors que la Ville de Paris a modifié substantiellement le contenu du mémoire technique exigé pour les offres peu de temps avant la date de remise, sans procéder à la publication d'un avis rectificatif et sans accorder aux soumissionnaires de délai supplémentaire raisonnable pour remettre leurs offres ;
- les conditions de mise en œuvre de plusieurs critères sont irrégulières, dès lors que s'agissant du critère n° 2, la Ville de Paris n'établit pas ne pas avoir hiérarchisé les éléments d'appréciation composant les sous-critères, que, s'agissant du critère n° 3, la Ville de Paris a neutralisé les éléments d'appréciation qu'elle avait définis et pondérés dans le règlement de la consultation litigieuse et que, pour ces deux critères, la Ville de Paris a pris en compte des engagements dont l'exactitude ne pouvait être vérifiée et ne l'a pas été au stade de l'analyse des offres ;
- la Ville de Paris a insuffisamment défini son besoin, dès lors que l'estimation du nombre d'enlèvements devant être réalisés au cours du marché est manifestement irréaliste ;
- l'offre de l'attributaire du lot n° 2 est anormalement basse ;
- son offre a été dénaturée.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2025 et deux mémoires enregistrés le 4 août 2025, la Ville de Paris, représentée par la SELARL Cabinet Cabanes avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Inter dépannage Paris la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre la procédure de passation du lot 4 sont sans objet et le moyen tiré du " détournement de procédure aux fins d'éliminer la Société ", qui entacherait la décision de déclarer sans suite cette procédure, est inopérant ;
- elle a délivré à la société requérante une information complète,
- les critères n° 2 et 3 ont été mis en œuvre régulièrement et conformément aux documents de la consultation ; les obligations faites au pouvoir adjudicateur en matière d'information des candidats sur les critères d'attribution ne s'étendent pas aux éléments de la méthode retenue pour la notation au regard d'un critère donné ;
- les règles de la procédure relatives aux modifications de documents de la consultation ont été respectées ;
- l'offre retenue pour le lot n° 2 est économiquement viable ;
- elle a respecté l'obligation de définition de ses besoins relatifs au lot n° 2 ;
- les éléments d'appréciation composant le critère n° 2 " pertinence de l'organisation et de la méthodologie déployées dans le cadre de l'exécution des prestations " ne sont pas des sous-critères pondérés mais de simples paramètres d'appréciation des offres, par suite, la Ville de Paris ne pouvait exiger la production de justificatifs permettant de vérifier l'exactitude des informations fournies par les candidats en ce qui concerne les moyens humains et matériels mobilisés pour le marché ; en ce qui concerne le critère n° 3 " performance environnementale des véhicules dédiés à l'exécution du marché ", les titulaires disposent d'un délai lié au plan de progrès pour améliorer la qualité environnementale du parc de véhicules qu'ils affectent à l'exécution du marché, ce qui justifie que la Ville n'exige pas de justificatifs de la détention effective de ces véhicules au stade de l'élaboration des offres ; en tout état de cause, le manquement invoqué n'est pas susceptible d'avoir lésé la société Inter dépannage Paris, dès lors qu'en attribuant une note nulle à l'attributaire du lot n° 1 au titre du critère n° 3 et de l'élément d'appréciation EA2, et en attribuant une note nulle à l'attributaire du lot n° 2 au titre de l'élément d'appréciation EA2, la société requérante n'aurait emporté aucun de ces deux lots ;
- elle n'a pas dénaturé l'offre de la société requérante et, en tout état de cause, la société requérante n'est pas susceptible d'avoir été lésée dès lors la dénaturation alléguée concerne les éléments évalués au titre du critère n° 2 et que même avec la note maximale sur ce critère, elle n'aurait emporté ni le lot n° 1, ni le lot n° 2.
Par un mémoire, enregistré le 4 août 2025, la société AD2R, représentée par Me Lheritier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Inter dépannage Paris la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la société requérante a produit, à l'appui de son offre, de fausses factures d'achat de véhicules neufs afin de fausser le jeu de la concurrence, elle a par suite commis une fraude qui entache son offre d'irrégularité ; par suite, elle ne peut donc avoir été lésée par l'un quelconque des manquements qu'elle invoque, lesquels ne sont pas en lien avec le motif de son éviction qui doit se substituer à celui invoqué à l'appui du rejet de son offre ;
- à titre subsidiaire, son offre, qui présente un écart de prix de 8,7 % avec celle de la société requérante, n'est pas anormalement basse ; cet écart de prix s'explique par l'optimisation de la masse salariale, par les moyens en garages et véhicules dont elle dispose ainsi que par son taux de marge ; son offre est viable et la comparaison avec les coûts supportés par la requérante est inopérante, par suite la Ville de Paris n'a pas manqué à ses obligations en s'abstenant d'exiger des explications sur son offre de prix et en s'abstenant de la rejeter comme anormalement basse.
La requête a été communiquée à la société Dépannages Ladoire automobiles qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique,
- le code pénal,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Berland, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 5 août 2025 à 10h, en présence de M. Patfoort, greffier d'audience, Mme Berland a lu son rapport et a entendu :
- les observations de Me Armbuster, pour la société Inter dépannage Paris, qui maintient ses conclusions et déclare abandonner explicitement tous les moyens soulevés dans ses écritures à l'exception des trois moyens suivants : le moyen tiré de ce que l'offre de la société AD2R, attributaire du lot n° 2, est anormalement basse, comme attesté par le rapport d'expert qu'elle produit, dont les données sont applicables à tous les soumissionnaires, le moyen tiré de l'irrégularité de la mise en œuvre du critère n° 3 concernant la " performance environnementale des véhicules dédiés à l'exécution du marché ", dès lors qu'aucun justificatif permettant de vérifier la conformité du parc de véhicules des soumissionnaires aux critères environnementaux n'a été exigé, alors que les véhicules employés sont très spécifiques, et le moyen tiré de ce que son offre a été dénaturée, dès lors que les éléments concernant le rôle des encadrants, les plannings prévisionnels et la répartition des moyens étaient présents dans son offre et qu'il résulte du cahier des clauses techniques particulières relatif au marché que les critères de dispatching sont fixés par la Ville et non par les soumissionnaires ;
- les observations de Me Pezin, pour la Ville de Paris, qui maintient ses conclusions et développe les arguments présentés en défense dans ses écritures ; Me Pezin précise que, en ce qui concerne le moyen tiré de l'offre anormalement basse de l'attributaire, le rapport d'expert s'appuie sur des données propres à la société requérante, laquelle ne démontre pas l'incohérence de l'offre retenue, que, en ce qui concerne la mise en œuvre du critère n° 3, la société Inter dépannage Paris n'apporte aucune preuve de ce que les engagements des attributaires seraient inexacts, que le marché, qui sera notifié début mars 2026, prévoit une période de six à sept mois de préparation avant le début de sa mise en œuvre ainsi qu'un plan de progrès pour améliorer les performances environnementales de l'attributaire, qu'exiger la détention effective des véhicules avant la signature du marché constituerait une barrière à l'entrée et que la société requérante ne justifie pas avoir été lésée dès lors que, même si l'attributaire avait obtenu une note nulle sur ce critère, elle n'aurait pas emporté le marché, et que, en ce qui concerne le moyen tiré de la dénaturation de l'offre, l'appréciation de la valeur de l'offre n'entre pas dans l'office du juge des référés et que la société requérante ne démontre pas que la valeur de son offre n'aurait pas été correctement analysée ;
- et les observations de Me Lheritier, pour la société AD2R, qui maintient ses conclusions et développe les arguments présentés en défense dans ses écritures ; Me Lheritier précise que l'offre de la société requérante est irrégulière car entachée de fraude, dès lors que la société Inter dépannage Paris a produit à l'appui de son offre de fausses factures d'achat de véhicules neufs, par suite, l'ensemble des moyens invoqués par la société requérante sont inopérants ; à titre subsidiaire elle précise que la société AD2R est déjà titulaire de deux marchés d'enlèvement de la Ville de Paris et qu'aucune raison ne permet de suspecter que son offre serait anormalement basse.
La clôture de l'instruction a été reportée en dernier lieu au mercredi 6 août 2025 à 12 h.
Un mémoire a été enregistré le 5 août 2025 pour la société Inter dépannage Paris, qui maintient ses conclusions et ses moyens et conteste avoir produit trois fausses factures à l'appui de son offre ; elle soutient que ces factures ont été émises par la société Iveco/Global trucks pour la société Gaubert, laquelle transforme les véhicules acquis auprès des constructeurs pour les adapter à l'activité de la société Inter dépannage Paris, et ont été libellées au nom de la société Inter dépannage Paris afin de permettre le financement de ces acquisitions par le biais de contrats de leasing, et produit à l'appui de ses dires une attestation d'un directeur industriel et production de la société Gaubert Productions.
Un mémoire a été enregistré le 5 août 2025 pour la société AD2R, qui maintient ses conclusions et ses moyens, et fait valoir que la société Iveco/Global trucks a émis un devis au nom de la société Gaubert Industrie, qui est une entité distincte de la société Gaubert Productions, pour un seul véhicule, alors que la société requérante produit trois factures à son nom propre, émises à la même date que le devis ,par le même interlocuteur et dans les mêmes formes pour trois véhicules différents ; en outre aucun montage financier n'explique pourquoi des factures d'achat de véhicules émises par la société Iveco/Global trucks ont été libellées au nom de la société Inter dépannage Paris ; l'attestation produite par la société requérante est insuffisante pour démontrer le caractère authentique des factures produites alors que la société AD2R produit deux attestations de la personne ayant supposément émis les factures litigieuses indiquant, d'une part, qu'aucun devis ni commande de véhicule n'a été enregistré avec la société Inter dépannage Paris en 2025 et, d'autre part, qu'elle n'a jamais eu de contact direct avec la société Gaubert, pour le compte de laquelle elle n'a jamais enregistré de commande ni, a fortiori, établi de facture de vente, et pour laquelle aucun véhicule n'est actuellement en commande.
Un mémoire a été enregistré le 6 août 2025 pour la Ville de Paris, qui maintient ses conclusions et ses moyens, et déclare ne pas pouvoir se prononcer sur la question de la sincérité des factures en litige.
Un mémoire a été enregistré le 6 août 2025 à 12h01 pour la société Inter dépannage Paris, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence, publié le 13 avril 2025 au Bulletin officiel des annonces des marchés publics et le 15 avril 2025 au Journal officiel de l'Union européenne, la Ville de Paris a lancé une consultation, sous la forme d'un appel d'offres ouvert, ayant pour objet le renouvellement des marchés d'enlèvements des véhicules (poids total autorisé en charge ( 3,5 tonnes) illicitement stationnés à Paris et leur transfert de préfourrières en fourrières, divisé en quatre lots, à savoir : lot n° 1 : Enlèvement des véhicules jusqu'à 3,5 tonnes à 4 roues motorisés stationnés illicitement à Paris - secteur Nord, lot n° 2 : Enlèvement des véhicules jusqu'à 3,5 tonnes à 4 roues motorisés stationnés illicitement à Paris - secteur Sud, lot n° 3 : Enlèvement des véhicules à 2 ou 3 roues motorisés et des engins de déplacement personnels stationnés illicitement à Paris, lot n° 4 : Transferts des préfourrières vers les fourrières des véhicules jusqu'à 3,5 tonnes ayant fait l'objet d'une mesure d'enlèvement pour stationnement gênant et non repris par leur propriétaire. La société Inter dépannage Paris a remis une offre pour les lots nos 1, 2 et 4. Le lot n° 4 a été déclaré sans suite le 24 juin 2025 pour motif d'intérêt général. Par un courrier du 18 juillet 2025, la Ville de Paris a informé la société Inter dépannage Paris du rejet de ses offres pour les lots nos 1 et 2 et de l'attribution du lot n° 1 à la société Dépannages Ladoire automobiles et du lot n° 2 à la société AD2R. La société Inter dépannage Paris demande au juge des référés l'annulation de la procédure de passation du marché concernant les lots nos 1 et 2.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique ()./ Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
4. Aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ". Aux termes de l'article L. 2152-2 du même code : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale ". Il résulte de ces dispositions que l'acheteur doit éliminer les offres qui ne respectent pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, sauf, le cas échéant, s'il a autorisé leur régularisation. Un candidat dont la candidature ou l'offre est irrégulière n'est pas susceptible d'être lésé par les manquements qu'il invoque sauf si cette irrégularité est le résultat du manquement qu'il dénonce.
5. Aux termes de l'article L. 441-4 du code pénal : " Le faux commis dans une écriture publique ou authentique ou dans un enregistrement ordonné par l'autorité publique est puni de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende. / L'usage du faux mentionné à l'alinéa qui précède est puni des mêmes peines. () ".
6. D'une part, alors même que l'offre du concurrent évincé demandant l'annulation du contrat litigieux a été classée et notée, le pouvoir adjudicateur et l'attributaire du contrat peuvent se prévaloir devant le juge du caractère irrégulier de son offre pour soutenir que le demandeur ne peut utilement soulever un moyen critiquant l'appréciation des autres offres.
7. D'autre part, il appartient à la juridiction administrative elle-même, en vertu du principe de la séparation des pouvoirs, de se prononcer sur l'exactitude des inscriptions que comportent les pièces d'un marché public.
8. Il résulte de l'instruction qu'au titre du critère n° 3 du règlement de la consultation du marché litigieux, la Ville de Paris a entendu évaluer la " performance environnementale des véhicules dédiés à l'exécution du marché ". En vue de l'attribution des lots nos 1 et 2 du marché litigieux, la société Inter dépannage Paris a remis un mémoire technique indiquant, pour chacun de ces lots, qu'elle s'engageait à mobiliser, dès la date de commencement des prestations, une flotte de douze véhicules neufs de marque Iveco de motorisation GNV et précisant que ces véhicules avaient déjà fait l'objet d'une commande et devaient être livrés en décembre 2025. A titre de justificatif, elle a produit une annexe 1.C à ses mémoires techniques comportant notamment trois factures de la société Iveco/Global trucks pour trois véhicules acquis par la société requérante le 7 février 2025.
9. La société AD2R soutient que ces factures sont fausses et produit, à l'appui de ses allégations, deux attestations en justice du directeur commercial de la société Iveco/Global trucks mentionné sur ces documents comme en ayant été l'émetteur, réfutant les avoir émis et indiquant qu'aucun devis ni aucune commande de véhicule n'ont été enregistrés auprès de la société Iveco/Global trucks par la société Inter dépannage Paris en 2025. Ces attestations précisent en outre que les documents présentés par la société requérante comme " factures " ont été falsifiés à partir d'un devis établi en février 2025 à l'intention de la société Gaubert Industries. Pour réfuter ces allégations, la société requérante, d'une part, soutient que les véhicules considérés ont été acquis pour son compte par la société Gaubert et que les factures ont été libellées à son nom, et non pas à celui de la société Gaubert, afin d'en assurer le financement et, d'autre part, produit une attestation en justice d'un directeur industriel et production de la société Gaubert Productions qui confirme, dans des termes très généraux, l'existence de liens entre la société Gaubert et la société Inter dépannage Paris pour l'équipement de véhicules. Toutefois, par ces seuls éléments, la société requérante n'apporte pas d'éléments de nature à infirmer le caractère inauthentique des factures litigieuses. En outre, à supposer même que la société Inter dépannage Paris établisse avoir, ainsi qu'elle l'indique dans ses écritures, souscrit un contrat de leasing pour financer les véhicules concernés, les factures litigieuses ne retranscrivent en tout état de cause pas une opération réelle portant sur la vente de trois véhicules de la société Iveco/Global trucks à la société Inter dépannage Paris. Par suite, le fait que la société Inter dépannage Paris a transmis au pouvoir adjudicateur, de façon intentionnelle, des renseignements erronés et a produit des documents susceptibles de fausser l'appréciation portée par la Ville de Paris sur les mérites de sa candidature, en méconnaissance des dispositions de l'article 441-4 du code pénal, doit être regardé comme établi. Dans ces conditions, la société AD2R est fondée à soutenir que l'offre de la société requérante est irrégulière.
10. En application du principe rappelé au point 4 de la présente ordonnance, les manquements tirés de l'irrégularité du critère n° 3 pour le classement des projets et de la dénaturation de son offre, invoqués par la société requérante, doivent être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne le moyen tiré de ce que l'offre de l'attributaire du lot n° 2 est anormalement basse :
11. La circonstance que l'offre du concurrent évincé, auteur du référé précontractuel, soit irrégulière ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir de l'irrégularité de l'offre de la société attributaire du contrat en litige.
12. Aux termes de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ". Aux termes de l'article L. 2152-6 du même code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsqu'une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".
13. Il résulte des dispositions précitées, d'une part que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe à l'acheteur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature, ainsi, à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient à l'acheteur de rejeter l'offre, sauf à porter atteinte à l'égalité entre les candidats à l'attribution d'un marché public. Pour contrôler le caractère anormalement bas ou non d'une offre, le juge du référé précontractuel ne peut se borner à relever un écart de prix important entre cette offre et d'autres offres que les explications fournies par le candidat ne sont pas de nature à justifier sans rechercher si le prix en cause est en lui-même manifestement sous-évalué et, ainsi, susceptible de compromettre la bonne exécution du marché.
14. La société requérante soutient que la Ville de Paris a manqué à son obligation d'écarter l'offre anormalement basse de la société AD2R, attributaire du lot n° 2. Si elle se prévaut à cet effet de ce que l'offre de la société AD2R proposait un prix inférieur à la sienne, cet écart de prix, qui n'est au demeurant que de 8,74 %, ne saurait suffire à considérer que le pouvoir adjudicateur aurait dû suspecter une offre anormalement basse et donc solliciter de la société AD2R des précisions et justifications ou l'écarter. Par ailleurs, si la société requérante soutient, en se fondant sur les calculs qu'elle a effectués à partir de sa propre offre, que le prix proposé par la société AD2R au titre du lot n° 2, fixé à 24 726 380 € pour cinq ans apparaît manifestement sous-évalué par rapport aux charges à supporter pour la réalisation du marché (masse salariale, essence, matériel, assurance, loyer des locaux, etc.), aucun des éléments produits au dossier ne permet de supposer que l'offre de la société AD2R, en dépit de cet écart de prix, ne serait pas cohérente, ou encore qu'elle serait de nature à compromettre la bonne exécution du marché. Le moyen doit donc être écarté.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de la société Inter dépannage Paris doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais de l'instance.
17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Inter dépannage Paris une somme de 1 800 euros à verser à la Ville de Paris et une somme de 1 800 euros à verser à la société AD2R au titre de ces mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de société Inter dépannage Paris est rejetée
Article 2 : La société Inter dépannage Paris versera une somme de 1 800 euros à la Ville de Paris.
Article 3 : La société Inter dépannage Paris versera une somme de 1 800 euros à la société AD2R.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Inter dépannage Paris, à la Ville de Paris, à la société Dépannages Ladoire automobiles et à la société AD2R.
Fait à Paris le 13 août 2025.
La juge des référés
F. Berland
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026