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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2521412

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2521412

mercredi 6 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2521412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. A B, ressortissant colombien, contestant les décisions du préfet de police du 24 juillet 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de vingt-quatre mois. Le tribunal a annulé ces décisions, considérant que le préfet n'avait pas démontré que le comportement de l'intéressé, basé sur un simple signalement pour vol sans poursuites judiciaires, constituait une menace réelle pour l'ordre public au sens de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est l'annulation des décisions attaquées, avec injonction au préfet de réexaminer la situation de M. A B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2025, M. E A B, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 juillet 2025 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles révèlent un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation ;

- il disposait d'une réservation d'hôtel jusqu'au 26 juillet 2025 et était également susceptible d'être hébergé auprès d'un ami de nationalité française ;

- en qualité de ressortissant colombien, il n'avait pas besoin de visa pour entrer en France, où il pouvait se maintenir jusqu'à une période maximale de quatre-vingt-dix jours ;

- il ne représente aucune menace pour l'ordre public, dès lors qu'il conteste les faits ayant fait l'objet d'un signalement, qui n'ont fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- c'est à tort que le préfet de police a considéré que son comportement était constitutif d'une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français est inexistant ;

- c'est à tort que le préfet a considéré que son comportement était constitutif d'une menace pour l'ordre public ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- la décision attaquée est disproportionnée et entachée d'une erreur d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 5 août 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application des dispositions des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Mahoukou, avocat commis d'office représentant M. A B, assisté d'un interprète en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de police.

Les parties ont été informées au cours de l'audience publique, en application des dispositions de l'article R. 922-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce qu'une injonction aux fins de réexamen de la situation de M. A B, de délivrance, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour, et d'effacement du signalement de M. A B dans le système d'information Schengen était susceptible d'être prescrite d'office.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par des décisions en date du 24 juillet 2025, le préfet de police a obligé à M. A B, ressortissant colombien né le 25 janvier 1994, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. Par la requête susvisée, M. A B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public (). "

3. Pour prononcer à l'encontre de M. A B une obligation de quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur le motif que le comportement de l'intéressé, présent en France depuis moins de trois mois, était constitutif d'une menace pour l'ordre public, eu égard aux faits de vol en réunion pour lesquels il avait fait l'objet d'un signalement en date du 22 juillet 2025. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 juillet 2025, des agents de police se sont rendus dans un magasin parisien, en raison d'un vol de paires de lunettes par une femme et deux hommes. Le procès-verbal d'interpellation produit par le préfet de police fait état de ce qu'un des hommes et la femme en cause avaient retiré l'antivol présent sur une des paires de lunettes, le troisième homme, soit M. A B, ayant pris ses distances, et que les deux personnes identifiées comme ayant pris la paire de lunettes se sont toutes deux dirigées vers la sortie, où ils ont été appréhendés, l'homme auteur du larcin ayant toutefois réussi à prendre la fuite. Ce document mentionne également qu'une fois appréhendée, la femme, dans le but de régler la somme due, a pris contact avec le troisième homme, M. A B, qui s'est présenté au magasin en réponse à cette demande. Si le procès-verbal de dépôt de plainte correspondant fait état du souhait de porter plainte contre les trois personnes identifiées comme impliquées, il précise que " c'est le couple qui a volé ". En outre, les seuls éléments de captation photographique produits au titre des pièces du dossier ne permettent pas de corroborer que M. A B aurait agi en qualité de " guet " lors du larcin. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé a nié de façon constante son implication dans le vol en cause, les faits retenus par le préfet de police pour considérer que le comportement de M. A B était constitutif d'une menace pour l'ordre public, à raison de faits de vol en réunion, ne peuvent être regardés comme établis. Par suite, M. A B est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions citées au point qui précède.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision du 24 juillet 2025 par laquelle le préfet de police a obligé M. A B à quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet de police a refusé à M. A B l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois doivent également être annulées.

Sur les mesures prescrites :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. En application des dispositions qui précèdent, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police, ou tout préfet territorialement compétent, procède au réexamen de la situation de M. A B et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et à la délivrance, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. En outre, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à l'effacement du signalement de M. A B dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. M. A B, qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 24 juillet 2025 par lesquelles le préfet de police a obligé M. A B à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. A B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, et de procéder à l'effacement du signalement de M. A B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et au préfet de police.

Décision rendue le 6 août 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

A. C

La greffière,

Signé

L. POULAINLa République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2521412/8

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