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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2521773

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2521773

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2521773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCARDOSO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. D..., ressortissant malien, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet de police le 26 février 2025. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de la signataire, la délégation étant régulière. Il a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en appréciant l'expérience professionnelle et les spécificités de l'emploi dans le cadre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que le requérant ne justifiait pas d'une résidence habituelle en France depuis 2018 ni d'une activité professionnelle suffisante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2025, M. C... D..., représenté par Me Cardoso, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 26 février 2025 par lesquelles le préfet de police lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination auquel il pourra être éloigné ;

2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou salarié dans le délai d’un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros hors taxes à son avocate au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour :
- elle été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que le préfet a ajouté des conditions à celles posées par l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu’elle assortit ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de cette même convention.

Par un mémoire enregistré le 7 novembre 2025, le préfet de police représenté par Me Tomasi conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Par une ordonnance du 7 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 26 novembre 2025 à 12 heures.

Par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 17 juin 2025, M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Topin.




Considérant ce qui suit :

M. D..., ressortissant malien né le 10 octobre 1994 et entré en France le 1er septembre 2024 selon ses déclarations, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions du 26 février 2025, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination auquel il pourra être éloigné à l’issue de ce délai. M. D... demande l’annulation de ces décisions.

En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00138 du 31 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme A... B..., cheffe de la division de l’admission exceptionnelle au séjour et de l’actualisation des situations administratives et de voyage, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lorsqu’elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de sa signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

4. D’une part, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police en portant une appréciation sur son expérience professionnelle et les spécificités de l’emploi auquel il postulait n’a pas ajouté des conditions supplémentaires à l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l’erreur de droit doit ainsi être écarté.

5. D’autre part, M. D... ne justifie, par les pièces produites, ni de sa résidence habituelle en France depuis septembre 2018, ni de l’exercice d’une activité professionnelle, à l’exception de l’année 2023 pour laquelle il se borne à produire l’avis d’imposition duquel il ressort qu’il a déclaré au service des impôts des revenus salariaux d’un montant de 8 000 euros. En l’absence de toute autre précision sur l’activité professionnelle de l’intéressé, c’est sans erreur manifeste d’appréciation que le préfet de police a pu estimer que sa situation ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour l’application de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui refuser la délivrance d’un titre de séjour sur ce fondement.

6. En troisième lieu, M. D... qui a sollicité son admission exceptionnelle en qualité de salarié ou à titre subsidiaire au titre de sa vie privée et familiale, ne peut être regardé comme ayant demandé la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et ne peut donc utilement soutenir que le préfet aurait méconnu ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article, qui est inopérant, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

8. Il ressort des termes non contestés de la décision attaquée que M. D... est célibataire, sans charge de famille et, par ailleurs, il ne justifie d’aucune insertion dans la société française. Dès lors, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, en refusant la délivrance d’un titre de séjour et en l’obligeant à quitter le territoire français en fixant le pays de renvoi à M. D..., le préfet de police n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’il a poursuivis. Il n’a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen ne peut qu’être écarté.

9. En cinquième lieu, il résulte de ce qui vient d’être dit qu’aucun des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour n’ayant prospéré, M. D... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de cette dernière décision à l’appui de ses conclusions d’annulation de la décision l’obligeant à quitter le territoire français.

10. En sixième lieu, M. D... n’établissant pas que l’obligation de quitter le territoire français serait illégale, l’exception d’illégalité de cette décision, soulevée à l’appui des conclusions d’annulation de la décision fixant le pays de destination, n’est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est dépourvu des précisions nécessaires permettant au tribunal de se prononcer.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D..., à Me Cardoso et au préfet de police.



Délibéré après l'audience du 17 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente ;
- Mme Dousset, première conseillère ;
- Mme Calladine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2025.



La présidente-rapporteure,
Signé
E. Topin
L’assesseure la plus ancienne,
Signé
A. Dousset

La greffière,

Signé
V. Fluet





La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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