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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2522117

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2522117

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2522117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris annule l'arrêté du préfet de police du 11 juin 2025 refusant un titre de séjour à M. C..., ressortissant algérien, ainsi que les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination. Le tribunal retient une erreur manifeste d'appréciation, l'état de santé de l'intéressé nécessitant une prise en charge médicale sans possibilité de voyager sans risque, en application de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En conséquence, il enjoint au préfet de délivrer un certificat de résidence mention "vie privée et familiale".

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2025, M. B... C... représenté par Me Walther demande au tribunal :


1°) d’annuler l’arrêté du 11 juin 2025 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d’être éloigné ;

2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai, pendant la durée de réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
elle est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle est entachée d’un vice de procédure, le préfet ne justifiant pas avoir saisi pour avis le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 6-7° de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
elle est dépourvue de base légale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle méconnaît la jurisprudence Diaby dès lors qu’il peut prétendre à la délivrance de plein droit d’un titre de séjour de l’article 6-7 de l’accord franco-algérien modifié ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
elle est dépourvue de base légale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A...,
- et les observations de Me Walther, représentant M. C....



Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant algérien né le 16 octobre 1958, a sollicité le 29 mai 2024 la délivrance d’un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l’article 6-7 de l’accord franco-algérien modifié. Par un arrêté du 11 juin 2025, le préfet de police lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par la présente requête, M. C... demande l’annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Pour refuser de délivrer à M. C... un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article 6-7 de l’accord franco-algérien modifié, le préfet de police s’est, notamment, fondé sur l’avis du collège de médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration du 2 décembre 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu’il est mentionné dans l’arrêté contesté, que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, et que si, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire il pourrait bénéficier d’un traitement approprié, son état de santé ne peut lui permettre de voyager sans risque. Par suite, M. C... est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 11 juin 2025, par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Les décisions du même jour faisant obligation à M. C... de quitter le territoire dans un délai de trente jours et désignant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

L’annulation de la décision de refus de titre de séjour, pour les motifs précédemment exposés, implique nécessairement que le préfet de police de Paris délivre à M. C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu, dès lors, sur le fondement des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, sous réserve d’un changement de circonstances de fait et de droit, de délivrer à M. C... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C... et non compris dans les dépens.





D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet de police en date du 11 juin 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à M. C... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Patrick Ouardes, président,
Mme Chloé Hombourger, première conseillère,
M. Vadim Melka, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.


Le rapporteur,

Signé


V. A...

Le président,

Signé


P. Ouardes


La greffière,

Signé


L. Thomas



La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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