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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2522198

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2522198

jeudi 19 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2522198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantGONULTAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour étudiant à la requérante et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation en méconnaissant l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante justifiant du caractère réel et sérieux de ses études et de son apprentissage. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer la carte de séjour dans un délai de deux mois, sans astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2025, Mme B... C... A..., représentée par Me Gonultas, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 17 juillet 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard au réexamen de sa situation personnelle et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à lui verser directement en cas de non admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d’un vice d’incompétence, d’un défaut d’examen de sa situation particulière, d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle en date du 12 janvier 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Maréchal a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante comorienne née le 25 juillet 2005, est entrée en France le 9 octobre 2023 sous couvert d’un visa de long séjour portant la mention « étudiant » valable jusqu’au 27 septembre 2024. Le 1er août 2024, elle a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 juillet 2025 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an (…) ».

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... justifiait, à la date de l’arrêté attaqué, avoir validé la première année du diplôme d'études universitaires scientifiques et technique « Préparateur/Technicien en pharmacie » au sein de l’université Paris Cité au titre de l’année universitaire 2024-2025. Elle justifiait également bénéficier d’un contrat d’apprentissage auprès d’une pharmacienne, qui atteste de son sérieux, depuis le 2 septembre 2024 et d’un accord de financement de son apprentissage pour un montant de 17 600 euros sur une durée de deux ans. Dans ces circonstances, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A... au motif qu’elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, le préfet de police, à la date de son arrêté, a entaché son arrêté d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 17 juillet 2025.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

5. Compte tenu du motif retenu pour annuler l’arrêté en litige, l’exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve de toute modification de droit ou de fait pouvant affecter la situation de l’intéressée, que le préfet de police, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à Mme A... une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant ». Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Gonultas, avocat de Mme A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à cet avocat de la somme de 1 200 euros.


D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet de police du 17 juillet 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, sous réserve d’un changement dans les circonstances de fait ou de droit pouvant affecter sa situation, de délivrer à Mme A... une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Gonultas, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... A..., à Me Gonultas et au préfet de police.


Délibéré après l’audience du 12 février 2026 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,
M. Maréchal, premier conseiller,
M. Tanzarella Hartmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.



Le rapporteur,




M. MaréchalLe président,




S. DavesneLa greffière,




V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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